Du 5 au 7 juin, We Love Green a de nouveau posé ses valises dans le bois de Vincennes pour une édition 2026 qui restera gravée dans les mémoires. Deux années de suite sans une goutte de pluie : la malédiction serait-elle définitivement brisée ? Une programmation aussi éclectique qu’ambitieuse, et un public en communion totale avec les artistes : le festival parisien confirme qu’il est devenu l’une des grandes messes estivales incontournables d’Europe.
Vendredi : Gorillaz, l’évidence
Si une seule image devait résumer cette édition, ce serait sans doute celle du vendredi soir sur la grande scène. On les retrouvera à Musilac : Gorillaz n’avait rien à prouver, et c’est peut-être pour ça qu’ils ont tout donné. Faisant monter sur scène le grand Omar Souleyman, Damon Albarn et les personnages de Jamie Hewlett ont transformé la Prairie en une sorte de cartoon géant, mêlant britpop et hip-hop dans un bouillonnement créatif qui donne le vertige. Des tubes cathartiques, une mise en scène soignée, une énergie communicative du premier au dernier titre : c’était simplement le show de l’édition. Le coup de cœur absolu du week-end, sans hésitation.

Plus tôt dans la soirée, Feu! Chatterton avait mis la barre très haut. Le quatuor a livré une prestation aussi déjantée qu’élégante, et dans le meilleur sens du terme. Quelque chose entre la ferveur d’un meeting et la grâce d’un récital, avec cette façon bien à eux de faire cohabiter Aragon et le rock du XXIème siècle. Sur scène, ils débordaient d’énergie, d’humour, d’audace. Rappel à la clé, évidemment.
Sudan Archives a, de son côté, rappelé pourquoi elle est l’une des artistes les plus singulières de sa génération. Violon dans une main, home-studio dans l’autre, Brittany Parks a navigué entre deux époques avec une audace qui n’appartient qu’à elle.

Samedi : Theodora reine, Marguerite généreuse
Le samedi était à l’image de sa tête d’affiche : solaire, généreux, légèrement imprévisible. Theodora, invitée pour la deuxième fois consécutive, a régné sur la grande scène avec l’assurance de celle qui sait exactement où elle en est. Artiste française la plus écoutée de l’année, l’artiste qui avait déjà battu des records à la Fête de l’Humanité l’an dernier a confirmé que son statut de queen était largement mérité. L’énergie dans la foule était indescriptible. Petit bémol toutefois : le son était étrangement étouffé pour ceux qui se trouvaient au milieu du public. Dommage pour un show de cette envergure, même si ça n’a pas vraiment entamé l’enthousiasme général.

Mac DeMarco, cool kid éternel, a lui aussi régalé son public. Son album Guitar en toile de fond, il a livré un set d’un chill américain absolument parfait : une déclaration d’amour à sa six-cordes, portée par cette nonchalance si communicative qui fait qu’on adorerait tous l’avoir comme meilleur pote.
Oklou a confirmé ce qu’on savait depuis son année 2025 complètement folle, depuis son feat avec FKA Twigs à son concert Tiny Desk mémorable. Sa pop aérienne et ses vocalises féériques ont emmené le public quelque part entre l’alien et le poétique. Une bulle à part dans la programmation.
Une autre belle histoire du samedi, c’est Marguerite. La jeune chanteuse à l’affiche du Cabaret Vert, révélée par la Star Academy, s’attaquait pour la première fois à la grande scène de We Love Green, et elle l’a fait avec une bonne humeur désarmante. Elle était complètement dans son élément, le public avec elle. Et comme si ça ne suffisait pas, une fois son set terminé, elle s’est lancée dans la distribution de glaces !

Dimanche : The XX, Marina et un final tout en nuances
Le dimanche a changé de registre, comme souvent à We Love Green. The XX a clôturé la programmation de la scène Prairie, avec l’annonce de leur nouvel album 2026 en toile de fond. Le trio, emmené par les productions de Jamie XX et les voix de Romy et Oliver Sim, a tissé un clair-obscur magnifique, entre retenue et montées émotionnelles progressives. Un concert qui s’infiltre doucement et ne vous lâche plus.
Marina a offert l’un des moments les plus touchants du week-end. Après quatre ans d’absence, son retour sur scène avait quelque chose d’un peu hors du temps — une plongée dans la pop des années 2010, ses grandes émotions et ses hymnes euphorisants. Un retour en arrière musical qui sonnait comme une réconciliation pour le public de la scène Clairière.
Charlotte Cardin a livré l’un des sets les plus intimes du dimanche. La Québécoise a eu la très belle idée de faire monter sur scène son compagnon Aliocha Schneider pour jouer à ses côtés leur titre Ensemble. Un moment rare où la complicité débordait largement du cadre musical, accompagné d’un public qui chantait en chœur.

Charlotte de Witte a assuré le pendant électrique de la soirée. Dernière artiste programmée sur cette scène, l’artiste belge a retourné la Clairière avec une précision implacable et une intensité qui laisse sans voix. Rien à ajouter : elle est tout simplement l’une des reines de la techno européenne, voire mondiale. Si vous l’avez raté, pas d’inquiétude, vous pourrez également la retrouver à Rock Werchter ou au V and B.
Ninajirachi a complété le tableau avec une énergie débordante, portant haut le drapeau d’une nouvelle génération d’artistes électroniques sur la scène La La Land. À seulement 26 ans, l’Australienne explore des territoires sonores inattendus : l’EDM côtoie l’électro dans des espaces franchement inexplorés. Une belle découverte pour ceux qui ne la connaissaient pas encore.
L’engagement, toujours dans l’ADN
On ne peut pas parler de We Love Green sans évoquer ce qui le distingue vraiment des autres grands festivals : son engagement écologique et assumé. Cette année, toute la restauration était 100% végétarienne. Une décision forte, qui tranche nettement avec les standards habituels du secteur. Gobelets réutilisables, produits locaux et de saison, respect scrupuleux de la biodiversité du bois : le festival ne se contente pas d’afficher ses valeurs, il les applique.
Trois jours de soleil, une foule heureuse et une programmation plus éclectique que jamais : We Love Green a, encore une fois, fait vibrer le bois de Vincennes et met déjà la barre très haute pour les festivals parisiens et franciliens de cet été.
