Article écrit par Léo Donny

Une voix venue de la pop, un architecte du big beat

Sur le papier, l'association a de quoi surprendre. D'un côté, Aurora, artiste norvégienne connue pour une pop aérienne et habitée, portée par une voix capable de passer du murmure au cri en une mesure. De l'autre, Tom Rowlands, l'une des deux têtes des Chemical Brothers, qui façonne depuis des décennies des lives taillés pour les grandes scènes : boucles hypnotiques, rythmiques massives, montées qui n'en finissent pas. Tomora, c'est la rencontre de ces deux grammaires.

Le projet ne sort pas de nulle part. Aurora prêtait déjà sa voix à trois titres de No Geography, l'album des Chemical Brothers paru en 2019, dont Eve of Destruction. Tom Rowlands a ensuite participé à What Happened to the Heart?, l'album d'Aurora sorti en 2024.

Tomora s'est dévoilé fin 2025, avant la sortie de Come Closer le 17 avril 2026 : douze titres écrits et produits à deux, entre techno, trip-hop et pop électronique, portés par des singles comme Ring the Alarm, Somewhere Else ou le morceau-titre. L'été a déjà fait passer le duo par plusieurs scènes françaises, dont la Philharmonie de Paris pour le festival Days Off et les Vieilles Charrues. La date lilloise arrive après Dublin, Glasgow et le Roundhouse de Londres, et deux semaines après la sortie numérique de l'EP Celebration.

Oxis, l'électropop feutrée en ouverture

La soirée s'ouvre avec Oxis, le projet de la musicienne Valentina Cy, installée à Los Angeles. Son électropop intime avance par petites touches : des morceaux courts, des voix presque chuchotées, des textures lo-fi, et des titres tous baptisés d'après des poissons. Déjà passée en première partie de Magdalena Bay, l'artiste a sorti Oxis 8 en janvier 2026. Sur le papier, un contrepoint tout en retenue avant la déferlante Tomora. Son set n'a toutefois pas pu être suivi pour ce live report.

Lille entre dans la boucle

L'Aéronef est presque comble quand le duo arrive sur scène. Les lumières jouent un rôle central : elles prolongent l'univers du duo et participent pleinement à l'ambiance dans laquelle la salle se laisse embarquer.

Très vite, le set prend une direction claire : électro, et même franchement techno. Le kick s'installe et ne lâche plus la salle, véritable colonne vertébrale du set. L'univers joue sur les contrastes. Certains passages sont franchement explosifs, portés parfois par d'énormes timbales qui martèlent la salle. Puis le rythme se relâche, la voix d'Aurora prend le dessus et redonne de l'air à tout le monde, comme une respiration au milieu du déluge percussif.

Ce qui frappe, c'est la façon dont chacun garde sa signature sans écraser l'autre. La patte de Tom Rowlands se retrouve dans la construction du son, cette science du crescendo qui transforme une boucle simple en vague. Celle d'Aurora tient à la voix, utilisée tantôt comme une ligne mélodique, tantôt comme un instrument de plus, traité et réverbéré dans le mix. Côté mélodies, plusieurs lignes s'appuient sur des gammes pentatoniques, sans s'y enfermer pour autant : de quoi rendre les motifs immédiatement prenants, presque obsédants.

Le moment où toute la salle bascule

La présence scénique du duo fait le reste. À l'avant-scène, Aurora n'est pas seule : une seconde performeuse l'accompagne, et les deux enchaînent une danse atypique, souvent en miroir. Le dispositif fonctionne parfaitement et donne au concert une dimension presque chorégraphique. L'énergie monte d'un cran à chaque titre, jusqu'à ce moment où plus personne ne reste immobile : de la fosse aux derniers rangs, tout le public se laisse entraîner.

Le pari était risqué : réunir une voix identifiée à la pop et un producteur associé aux raves géantes pouvait donner un objet hybride, ni tout à fait l'un ni tout à fait l'autre. Sur scène, la formule tient. Le concert assume pleinement son côté club et laisse à la voix d'Aurora la place de respirer au-dessus du kick, plutôt que de la noyer. Difficile, pour une fois, de pointer un vrai temps faible : le set tient la distance et ne retombe jamais complètement.

Verdict : une soirée à l'énergie folle, qui prouve que Tomora n'est pas un simple side project mais un vrai live, pensé pour faire danser.

Après Lille, la tournée s'est poursuivie à La Haye le samedi 31 octobre puis à Berlin le dimanche 1er novembre. Aucune nouvelle date française n'est annoncée à ce jour : le prochain rendez-vous connu se tient outre-Atlantique, au Brooklyn Paramount de New York, le mercredi 24 mars 2027. D'ici là, l'EP Celebration sort en vinyle et en CD le vendredi 27 novembre 2026.