THÉA, la Popstar qui fait un speedrun

Entre guitares saturées, sonorités électroniques et refrains aux accents pop-punk, THÉA s’est imposée comme l’une des voix singulières de la scène alternative française. Autrice, compositrice et productrice, l’artiste façonne depuis ses débuts un univers musical hybride, quelque part entre l’énergie brute de l’emo des années 2000, l’hyperpop et la culture rave.

Enfant d’internet, elle commence très tôt à partager ses créations en ligne, avant de faire ses premiers pas sur scène à la sortie du confinement, notamment dans des lieux alternatifs et militants. Une démarche indépendante qui va peu à peu donner naissance à un projet aussi personnel que débridé, où les émotions les plus sombres côtoient une énergie résolument festive.

Au fil de ses sorties, de Memento à Paname Œstros Poubelle, puis COMÈTE, THÉA affine son identité et multiplie les expérimentations. Ses morceaux racontent les tourments intimes, les relations compliquées et les contradictions d’une génération, sans jamais renoncer à faire danser. Sur scène, cette intensité prend une autre dimension : une véritable décharge émotionnelle, entre rage, vulnérabilité et communion avec le public.

Avec POPSTAR SPEEDRUN, THÉA ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre de cette trajectoire effrénée.

Quand la rage se transforme en fête

THÉA n’a pas rangé les guitares saturées au placard. Bien au contraire. Avec POPSTAR SPEEDRUN, l’artiste livre une véritable décharge d’énergie. Les morceaux s’enchaînent à toute vitesse, portés par des rythmiques électro percutantes, des sonorités rock et une voix qui passe de la mélodie aux cris avec une facilité déconcertante.

De « BRAINDEAD (Okay!) » à « CAVALE! CAVALE! », en passant par « h4rdr0ck3r » ou « BODYBAG », difficile de rester immobile. Les titres sont courts, explosifs et taillés pour le live. « WANTED », avec Changeline, et « LÉTAL », en featuring avec Rebeka Warrior, viennent également renforcer cette dimension déchaînée.

Ce qui fait la force de l’album, c’est justement cette capacité à faire cohabiter des émotions contradictoires. Les textes peuvent être sombres, parfois désabusés, mais les productions débordent de vie. On passe de la rage à l'euphorie, de l'envie de tout envoyer valser à celle de danser jusqu'au bout de la nuit. Une musique qui transforme le chaos intérieur en énergie collective.

Difficile de ne pas s'arrêter sur « LA VIE EST BELLE », notamment lorsqu'il arrive juste après « Celles qui die ». Un contraste qui n'a rien d'anodin et qui résume assez bien les contradictions qui traversent l'album. Chez THÉA, la noirceur n'efface jamais complètement l'envie de vivre. Les deux cohabitent, se répondent et parfois se confrontent.

Le titre résonne alors presque comme une affirmation, une manière de continuer à avancer malgré les doutes, les blessures et le chaos. Car si POPSTAR SPEEDRUN parle beaucoup de mal-être et de désillusion, il laisse aussi entrevoir des espaces de respiration et de réparation. Une façon de rappeler que la vie peut être difficile, désordonnée, parfois violente, mais qu'elle reste aussi pleine de beauté.

Derrière l'énergie, une vulnérabilité à fleur de peau

Si THÉA s'est construite autour d'un univers emocore explosif, POPSTAR SPEEDRUN laisse également entrevoir une facette plus intimiste de l'artiste. Surement inspirée par son propre projet GTVRX session, où elle reprend ses chansons les plus connues en acoustique guitare-voix, elle introduit dans ce nouvel album des morceaux originaux aux sonorités plus douces, qui contrastent avec l'énergie électrique du reste de l'album.

Parmi eux, « Tout s'en va » et « Celles qui die » retiennent particulièrement l'attention. Deux titres qui abordent des sujets difficiles et profondément personnels. Le premier revient notamment sur l'alcoolisme maternel et les blessures laissées par un environnement familial douloureux. Le second s'attaque au mal-être, au suicide et aux violences, avec une volonté poignante de ne pas devenir une victime de plus.

Ces morceaux révèlent une autre dimension de THÉA. Derrière les guitares saturées, les rythmes nerveux et l'attitude punk se cache une écriture beaucoup plus vulnérable. La musique devient alors un espace où les blessures peuvent enfin être racontées, sans détour ni tentative de les enjoliver.

L'un des passages les plus marquants de POPSTAR SPEEDRUN se joue dans l'enchaînement de « Tout s'en va » et « Y'a rien à faire (p*****) ». Deux morceaux qui, mis bout à bout, semblent raconter une histoire bien plus grande que celle de leurs paroles prises séparément.

Dans le premier, THÉA revient sur l'autodestruction de sa mère et les blessures laissées par un environnement familial douloureux. Le titre suivant opère alors un basculement saisissant : cette fois, c'est sa propre autodestruction qui semble prendre le devant de la scène. Comme un écho entre deux générations, où les blessures du passé viennent rencontrer celles du présent.

Cette transition donne une profondeur supplémentaire à l'écoute. Elle suggère que l'on ne sort pas indemne de ce que l'on a vécu, que certaines douleurs s'inscrivent dans le temps et que les schémas peuvent parfois se répéter. Sans avoir besoin de tout expliquer, THÉA parvient à faire dialoguer ces deux histoires. Un choix de construction particulièrement fort, qui transforme l'enchaînement des morceaux en véritable récit intime.

Scott&Ramona : Après le chaos, reste t-il un espoir ?

Pour refermer POPSTAR SPEEDRUN, THÉA choisit « Scott&Ramona », un morceau qui vient apporter une dernière nuance à ce voyage émotionnel. Après avoir exploré les blessures familiales, l'autodestruction, le mal-être et les contradictions qui l'habitent, l'artiste termine sur une note plus lumineuse, portée par l'idée d'une relation dans laquelle les cicatrices n'ont plus besoin d'être cachées.

Il y est question de se reconnaître dans l'autre, de s'accepter avec son histoire et de parvenir, peut-être, à regarder le passé sans qu'il fasse aussi mal. Une forme de réconciliation qui ne gomme pas les blessures, mais laisse entrevoir la possibilité de construire autre chose.

Et c'est finalement toute la force de POPSTAR SPEEDRUN : faire cohabiter la rage et la tendresse, l'autodestruction et l'envie d'avancer, les nuits de chaos et les moments de grâce. Un album qui ne cherche pas à embellir les douleurs, mais qui parvient à les transformer en musique, en mouvement et parfois même en espoir. Avec ce dernier titre, THÉA ne donne pas toutes les réponses. Elle laisse simplement entrevoir qu'après le chaos, il reste encore de la place pour croire en quelque chose.