Kalika à Musilac : « Je fais de la musique pour les gens à qui on donne pas l’heure »

Kalika, c’est une énergie brute, un franc parler qui touche celles et ceux qui y croient. Et à Musilac, même sous 36°, on y croit. L’ouverture de la scène Montagne by Kalika, annoncée quelques jours avant cette date, remplacement de Lambrini Girls oblige, restera dans nos esprits. Au détour de son concert, nous échangeons avec une artiste qui ne mâche pas ses mots, et ça fait du bien.

Comment s’est passée ta date à Musilac ?

J’avais peur qu’il n’y ait personne, c’était l’ouverture du festival, j’ai jamais joué à Musilac, donc je ne savais pas exactement comment ça allait se passer, surtout avec la canicule. Je n’avais jamais encore fait un festival en pleine canicule. Et en vrai, il y avait quand même grave du monde pour une ouverture, il y avait grave du Kalika gang, j’étais grave contente !

Tu as été annoncée à Musilac et à Solidays quelques semaines après la sortie de ton album Ma Claque. Comment ton album a été réceptionné par le public ?

Je commence à peine la nouvelle tournée. On teste encore des choses, on change la setlist, il y a encore des détails à régler, mais pour l’instant ça se passe très bien. C’était un pari de faire un show plus club, plus radical, plus électronique, mais pour l’instant, ça a été très bien reçu, même en pleine canicule à 18h. J’avais un peu peur car cet album a un mood très nocturne, assez dark. Même là les gens étaient réceptifs, plus même que parfois sur mon ancien show qui était pourtant plus accessible. C’est là que je vois qu’on est dans la bonne direction.

Kalika, Musilac 2026 ©Morgan Kergroach

Qu’est-ce qui distingue ton album Ma Claque, qui vient de sortir, d’Adieu les monstres, ton premier album ?

Le premier album était plus adolescent, j’avais encore mon âme d’ado, je pense. Il y avait un truc plus pop, plus rose bonbon dans la musicalité, même si je racontais des trucs dark. En grandissant, je me suis rendue compte qu’en vrai c’était pas full honnête. Avec Ma Claque, je ne voulais pas faire un album de résilience. C’est un album plus radical, plus indie, plus tranché, qui a un son à lui. Le premier album avait des morceaux plus pop, d’autres plus en chanson française. Là, je trouve que j’ai un peu plus réussi à rassembler toutes mes influences pour faire mon propre son à moi, sans mélanger autant les genres que sur Adieu les monstres.

Dans l’écriture aussi ça a changé. Je voulais sortir du format chanson très français, je voulais quelque chose de plus ouvert, de plus international, qu’on puisse l’écouter et l’apprécier même si on ne parle pas français. Dans l’écriture, j’ai essayé de faire quelque chose d’un peu plus moody, avec une énergie un peu plus brute, sans un début ou une fin toute écrite, avec moins de petites histoires.

Tes textes, dans tes deux albums, ont toujours été très bruts, très directs.

Je garde ma façon d’écrire et de parler, j’écris un peu comme je parle. C’est ma personnalité d’être assez crue, d’avoir du contraste, ou encore de faire des blagues sur des trucs horribles. Il y aura toujours ce contraste dans tout ce que je fais. Le dosage va se retrouver à des endroits différents, ; il s’est surtout fait via la production. Ma Claque est un peu plus dark qu’avant, mais c’est quand même des morceaux assez club même si c’est club pop. Je garde un côté très dansant alors que je dis des trucs vraiment plombants. Dans ma façon d’écrire, j’aime toujours avoir des punchlines même si je suis plus dans un truc moody en ce moment. Dans le premier album, je ne me serais pas permise de faire un morceau comme Ma Claque, où je dis vraiment en boucle “j’en ai ma claque”. Il y a une phrase qui résume tout et on comprend ce que ça veut dire, cette colère : “c’est vous les vrais bâtards, étouffez-vous dans votre caviar”. Ça veut dire ce que ça veut dire, pas besoin de dire plus. Avant, j’aurais fait toute une histoire, j’aurais croisé le vieux riche avec son caviar. Là, j’avais besoin de sortir cette colère, que les gens puissent crier, penser à tout ce qui les gave eux, être dans leur énergie à eux.

C’est un besoin que tu as, d’aller à l’essentiel, de dire ce que toi tu penses ?

C’est un besoin aussi de me reconnecter à un truc un peu primaire, même physique. Je ne veux pas que la musique soit toujours hyper intellectualisée dans les textes, où tout doit toujours être parfait. J’avais envie de faire quelque chose de plus direct, dans une énergie live. C’est tellement libérateur !

Kalika, Musilac 2026 ©Morgan Kergroach

Dans ta musique, tu utilises les mots que tu veux utiliser. Tu as un titre qui s’appelle PVTE GOTHIQUE, c’est un pari d’assumer autant dans une époque aussi regardée, voire censurée ?

Avant, je me posais pas la question. J’ai toujours été ultra libre là-dessus. Je fais de la musique pour justement trouver une certaine forme de liberté que je n’ai pas eue avant. Ça n’aurait pas de sens de commencer à faire des chansons en me bridant juste pour rentrer dans les clous. Ça ne m’intéresse pas du tout. Je préférerais changer de vie, de métier, galérer toute ma vie dans la musique et dire les choses que j’ai envie de dire plutôt que d’avoir une big carrière mais de sortir des trucs lisses. Ça prend tellement le dessus cet élan, cette urgence de dire les choses sur tout le reste que je me posais pas trop la question. Maintenant, depuis cette année, je me pose un peu plus des questions qu’avant.

C’est plus dur aujourd’hui ?

Il y a eu une espèce de twist où tout est devenu difficile à dire. Je pense que les gens sont tellement agressés, il s’est tellement passé de trucs hardcores ces derniers temps qu’on en peut plus. Les gens parfois ne veulent même plus entendre, ils veulent garder des œillères sur le monde. Ils ont besoin de joie, d’un truc festif. Du coup oui, je me suis demandé si je n’allais pas plus plomber les gens. Et en même temps, on est plombés de base, donc est-ce qu’en fait on peut pas en parler quand même et faire la fête dessus ? C’est un peu bizarre, mais de toute façon la vie est tellement bizarre en ce moment. Les gens qui sont chill dans le contexte actuel m’inquiètent, mais vraiment. On vit dans le même monde, genre ?

Quand tu as sorti ton album, tu as écrit sur Instagram : “Cet album est pour toutes les pét@sses, les s@les c0nnes, les pvtes gothiques, les ch@udasses, les ksos en colère dont on s’est moqué.e.s et en qui on n’a jamais cru.” Comment souhaitais-tu que ton public se retrouve dans ta musique ?

Les gens que je décris, c’est un peu moi aussi. On est pareil en fait. Quand tu es vraiment toi dans ce que tu fais, tu attires des gens qui te ressemblent et qui te comprennent. Du coup, je sais déjà un peu comment ça va être reçu parce que si moi je vibre sur ça, c’est que mes gens peuvent vibrer sur ça, parce qu’on se ressemble de fou. Alors bien sûr il y a des gens ils vont avoir leurs goûts musicaux, ça passe outre. Tu peux ne pas aimer une chanson même si tu relates à ce que je raconte. Ça tu peux pas contrôler. Mais les thèmes que j’aborde et tout, je sais que mon public vit les mêmes choses. Ça crée un lien fort. Mais bon, depuis ma première chanson, tout ce que je fais est politique, féministe, queer. Tout le monde est bienvenu tant qu’il est bienveillant. Mais je fais ce que je fais pour les gens à qui on donne pas l’heure. Je fais pas ça pour les gens qui prennent déjà toute la place.

Kalika, Musilac 2026 ©Morgan Kergroach

Tu as une collaboration avec Bianca Costa, aussi programmée à Musilac. Comment tu choisis tes feats ?

Avant tout, pour moi, les feats, c’est vraiment un truc humain. Ça peut être bizarre, je suis artiste, je devrais faire en fonction de l’artistique. Alors ça joue, bien sûr, si je trouve la musique nulle, j’ai pas envie de faire un feat. Mais tous les gens à qui j’ai fait des feats, je les trouve forts. Mais limite, le truc le plus important pour moi est vraiment l’humain et l’histoire qu’on peut avoir en commun. C’est se comprendre. Et j’aime bien quand c’est un peu inattendu, les feats auxquels on peut pas s’attendre. On pourrait se poser la question avec Bianca, c’est un peu inattendu, on fait de la musique ultra différente. Mais au final dans nos histoires, on se rejoint énormément, on vient toutes les deux de milieux assez précaires, de la galère. Elle a grandi avec sa mère qui l’a eue à seize ans, moi à dix-huit.

Bianca et moi, on sait ce que c’est, cette difficulté de se faire une place dans cette industrie en venant de milieux comme les nôtres. On ne parle pas beaucoup de ça. On parle de plein de choses, mais des classes sociales, on en parle peu. Quand tu viens d’un milieu plus précaire, pour te faire une place, bon courage. Bon courage. Si de base, t’es pauvre, on te cala pas, genre. C’est un truc d’entre-soi élitiste. Du coup, c’est hyper important pour moi d’aller chercher des gens qui sont un peu comme moi, comme Bianca, qui s’est faite une place, qui s’est imposée, qui a rien lâché, qui s’est fait toute seule, pour de vrai, c’est pas juste des mots. Pour moi, ça a grave de sens de faire du son avec une meuf comme ça.

L’interview vidéo, à retrouver sur Instagram !

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