Photo de couverture : St Graal, Paléo Festival Nyon 2026 – © Lucie Gertsch
Tout bon festivalier sait qu’en parallèle de chaque tête d’affiche se cache une pépite à ne pas rater. Au soir de The Cure à Paléo, St Graal règne en maître au Club Tent. Entre pop-rock et techno, l’artiste angoumoisin livre des messages personnels qui vont droit au coeur. Rencontre avec St Graal à Paléo.
Comment te sens-tu, à quelques heures de jouer à Paléo ?
Très bien ! Un peu fatigué, on vient de se taper neuf heures de van, mais c’est la vie que j’ai décidé de mener avec mon équipe ! Paléo est un festival mythique de la Suisse, donc c’est un plus qu’un honneur. Je suis en mode “qu’est-ce que je fous là ?” C’est trop bien qu’un gros festival qui a des gros noms fasse aussi vivre des artistes plus en développement et de taille moyenne.
L’an dernier, on t’a vu à la Fête de l’Humanité, que retiens-tu de cette date?
Oh pétard ! En fait, vous êtes dans tous les festivals de gauchos vous ! (rires) J’aurais dû mettre mon maillot Mélenchon 27 ! Pour le coup, au niveau de mes idées politiques et de ce que j’essaie de développer dans mon projet, jouer à la Fête de l’Humanité était totalement en lien avec mes valeurs. C’était ultra touchant qu’on ait pensé à moi. En plus on avait un horaire trop cool, entre Hoshi et Gims. Encore une fois, j’étais en mode “mais qu’est-ce que je fais là !”. C’était trop chouette, en plus la gauche, elle gueule bien, ça a fait honneur à ce que je pouvais imaginer.
À l’époque, tu n’avais sorti qu’un EP, tu n’avais pas encore Les Dernières Histoires d’Amour de St Graal. Qu’est-ce qui a changé dans ton live ?
On a neuf nouveaux morceaux du nouvel EP qu’on a ajoutés au live. Et comme le dernier EP est plus « club rock », voire techno sur les bords, le live évolue. Il commence plus pop rock et termine en mode techno bien vénère, on fait les cons sur scène avec toute l’équipe. C’est très drôle.
La thématique principale de tes EP, c’est l’amour, dans toutes ses formes, dans ce que ça représente. Qu’est-ce qui a évolué entre ces deux EP, dans ces histoires très personnelles ?
Le premier EP a été imaginé en posant la question de ma construction par rapport à l’amour, sous toutes ses formes. J’y parle d’amour propre, de ma bisexualité ou du le fait de se travestir pour les autres, pour avoir leur amour d’une certaine manière. Le deuxième est plus sombre et il parle surtout du fait de se remettre d’une rupture d’amour. J’avais envie d’écrire sur des choses assez précises. On a l’amour de la fête, on se perd parfois beaucoup dedans. On a aussi le vertige de l’amour, aussi. Sur le moment, on retombe en amour et on peut malheureusement avoir une carapace. Des fois on se dit “je suis pas prêt”, on en devient presque con. C’est tout cela que j’ai voulu expliquer dans ce dernier EP. Je suis trop content que ça ait touché les gens et qui me le rendent fois mille.
Quand on arrive à raconter des histoires aussi personnelles, qu’attendons-nous du public ?
Mes premiers morceaux étaient plutôt des essais. Je m’inventais des histoires, des petites chansons. Là, sur le deuxième EP, Les dernières histoires d’amour de St Graal, pour la première fois j’ai vraiment écrit sur moi, sur ma vie. Je me suis dit mais pour qui je me prends ! Quand les morceaux sont sortis, je me suis rappelé que c’était complètement le but. Personne n’est plus légitime que moi pour raconter les histoires que j’ai pu vivre. Je voulais parler de mes histoires d’une manière qui permette aux gens de s’y reconnaître. Le retour que j’ai eu est dix fois plus touchant. Je me sens moins seul dans ma vie, depuis que j’ai pu raconter ces histoires.
Il y a cette notion du partage, des visions de l’amour que tu as aussi, qui ne sont pas toujours racontées, la bisexualité, le polyamour, par exemple, dont on parle moins.
Pour ces deux EP, je suis parti du constat que je ne me reconnaissais pas forcément dans les chansons d’amour actuelles. J’ai parlé d’amour propre, de mon corps, de la grossophobie que j’ai exprimée envers moi-même, jusqu’à en être réellement mal. Je raconte aussi une douloureuse expérience que j’ai pu vivre de violence sexuelle entre hommes. Je me suis demandé si, en en parlant aussi frontalement, je ne me dévoilais pas trop, si je pouvais réellement utiliser des mots crus, car il faut pouvoir mettre des mots sur ces événements. Le morceau Arnica parle de violences sexuelles faites entre hommes. Je ne voulais pas romantiser des sujets aussi douloureux, quitte à faire pleurer dans les chaumières. Il fallait en parler en tant que tel. Mais aussi parfois, j’essaie de faire des belles métaphores, comme cette référence à l’Aigle Noir de Barbara. J’ai évidemment envie que l’art reste l’art.

C’est aussi en parlant sincèrement qu’on touche le public.
C’est vraiment touchant quand tu as des retours du public sur des chansons comme Arnica. Ce n’est pas moi qui aide les gens, ils s’aident eux-mêmes. Mais si mes mots peuvent résonner et permettre à d’autres de poser les mots là où il faut, tant mieux, dans ce cas là.
C’est ça aussi qui rend la musique nécessaire.
C’est ça. Parfois, on a envie d’écouter du boum boum, juste pour se sentir invincible dans la rue. On écoute des gros truc bien vénères, tu marches dans la rue tu dis je suis trop stylé. Des fois tu as envie de chialer un bon coup, tu écoutes une musique qui fait chialer, et ça fait du bien.
Comment, en étant aussi personnel, tu arrives à choisir les genre musicaux, aussi éclectiques soient-ils, de tes morceaux ?
Au tout début de St Graal, quand je n’étais pas du tout dans la position où je suis aujourd’hui, je stylisais énormément ma musique. Je voulais faire un truc un peu intello. J’allais un peu vers du Odezenne, vers des trucs comme ça où c’était un peu stylé. À un moment je me suis dit que ce n’étais pas trop moi. J’ai commencé en mode DJ set, bien techno. Et en même temps, je kiffe le rock. Je voulais faire ce mélange, que j’appelle club rock, car je trouve que ça sonnait bien et que ça décrivait bien le truc.

Niveau imagerie aussi, tu fais vraiment ce que tu veux ! Tu as même fait la promo de ton Olympia a coups de lance-flammes.
Je suis pas trop dans l’algorithme des réseaux ou les trucs comme ça. J’ai de la chance que mes réseaux fonctionnent bien. Avec mon vidéaste, qui s’appelle Ilan Braka, on s’amuse, tout simplement. Une fois, on a annoncé une Cigale dans un grand huit, alors que je déteste les trucs de grandes sensations. Et que la vidéo a trop bien marché ! On s’est dit que s’amuser, ça veut dire quelque chose. Pour l’annonce du Trianon, on l’a fait avec une voiture qui drift autour de moi et tout. Horrible ! Mais tellement drôle ! En fait, je sais que ma carrière peut s’arrêter du jour au lendemain. Surtout, j’ai envie que, le jour où j’arrive en Ehpad, personne ne me croie. Qu’on me dise “Mais oui bien sûr monsieur Meynard, bien sûr » ! Je veux créer des souvenirs, et y aller à fond.
On doit quand même te souhaiter plein de choses, avant l’Ehpad !
Bah de pas finir à l’Ehpad déjà ! J’aimerais bien quand même éviter ça si possible. Non mais en vrai, que ça continue comme ça je trouve. J’ai pas des envies de grandeur exceptionnelles à faire à jouer en plein New York et truc comme ça même si ça doit être fun. Je me dis que si ça reste comme ça c’est déjà une chance de fou. Je m’en rends compte, j’imagine que beaucoup de gens aimeraient être à ma place. Je profite à fond pour elles et pour eux.
Et pour les personnes qui, au détour du concert de The Cure, te découvrent : que devrions-nous leur dire ?
Il faut continuer à aller à des concerts, d’aller à des festivals, de continuer à faire vivre la culture. On ne s’en rend pas toujours compte, mais aller à des concerts, des festivals, du théâtre, de la danse, c’est politique, surtout actuellement. C’est bien de ne pas s’en rendre compte, car ça doit rester dans la norme, de profiter de la culture. Mais aller voir des concerts, c’est ultra fort actuellement.
