Neuf ans après Nocturne, un retour attendu

Les Belges de Girls in Hawaii viennent de Braine-l’Alleud, dans le Brabant wallon. Le groupe s’est formé autour de deux paires de frères, Antoine et Denis Wielemans, Lionel et Brice Vancauwenberghe, avec Christophe Léonard et Daniel Offerman. Le premier EP, Found in the Ground: The Winter EP, sort début 2003, suivi du premier album, From Here to There. Plan Your Escape arrive en 2008. Le 30 mai 2010, le batteur Denis Wielemans meurt dans un accident de voiture à Bruxelles, à 28 ans. Le groupe s’arrête, puis revient avec Everest en 2013 et Nocturne en 2017.

En 2023, la tournée des vingt ans du premier album passe par quatre soirs complets à l’Ancienne Belgique. Eldorado, sorti le 25 septembre 2026, est le premier album studio depuis Nocturne. Le single Is It Happening Right Now? l’a précédé le 2 avril. La tournée française a démarré à Amiens le 30 octobre. À la Cigale, Antoine Wielemans, l'un des deux chanteurs principaux, raconte que le groupe y a donné son premier concert en 2007 : de quoi lui faire dire à la salle « Vous avez changé un peu ». L'amour que nous portons au groupe depuis près de vingt ans, lui, n'a pas bougé.

Des silhouettes en contrejour

Dès le premier titre, les musiciens restent en contrejour. Ils se déplacent, changent d’instruments, et la scénographie prend le pas sur les visages, à la manière de Jungle, vus il y a quelques jours à l'Accor Arena, ou de Tool, groupe connu pour se cacher derrière la musique et les lumières.

Cette retenue se retrouve jusque dans les artworks de l’album. Avec Eldorado, troisième titre de la soirée, la lumière vire au bleu et au vert, le morceau se fait plus rock, les guitares saturent un peu plus et les musiciens deviennent enfin visibles. L’intensité monte sur le mot « eldorado », et le public, attentif, se laisse porter. Sur This Farm Will End Up in Fire, l’atmosphère évoque Patrick Watson, avec quelques teintes de The Strokes.

Le chanteur prend ensuite la parole, pour dire son amour de la salle chère à son coeur. Il glisse aussi une allusion à l’actualité politique de la veille, en clair, la vague bleue aux État-Unis, suivie d’un souhait pour 2027 en France. Leur présence à la Fête de l'Humanité de 2026 fait encore plus sens après ces paroles.

Guinea Pig, l’écran s’anime

Angles arrive dans un ordre différent de celui de la setlist d’Amiens. Guinea Pig provoque l’extase de la salle, et c’est là que l’écran s’anime enfin : des reflets sur l’eau accompagnent la musique et des lumières violettes. L’ambiance, plus que seulement planante, devient dansante, émouvante, et les musiciens sont sincèrement heureux d’être là.

Le soir est aussi spécial côté merchandising : le groupe inaugure ses chaussettes, présentées comme un « rêve d’enfant de les vendre ». Cyril, ami et sérigraphe présent dans la salle, doit tirer des affiches reprenant la pochette d’Eldorado. Comme il n’y en aura pas pour tout le monde, le groupe invite, non sans émotion, à « se battre avec bienveillance ».

Chaque chanson a sa couleur. Drifting in the Summer Rain se teinte d’orange et de tons chauds. Birthday Call bascule dans le psychédélique : rétroprojecteur et ombres chinoises dessinent des branches, et le public, pour la première fois de la soirée, accompagne le groupe en tapant des mains. Le groupe remercie ensuite les amis présents dans la salle, dont Poppy Fusée et November Ultra. Not Your Fault démarre par un faux départ avant de repartir.

Un rappel en famille

Le rappel s’ouvre sur Couples on TV, un morceau décrit comme « répété dans l’après-midi », en acoustique, presque en solo, l’harmonica en renfort. Le chanteur le dédie à sa famille, à sa « petite femme qui est dans la salle ». Presque une berceuse, qui donne l’impression d’être invité·e dans une intimité, une histoire personnelle.

Colors prend la suite, avant Not Dead, Mallory’s Heights et Flavor, qui clôture une soirée remplie d'émotions.

Ce soir, Girls in Hawaii rappelle que, depuis toutes ces années, nous planons musicalement avec eux. Que nous voyageons en musique à travers les années, que le Main Square de 2014 que nous avons vécu n'était qu'une étape de l'histoire de la vie d'un groupe. De l'histoire d'une vie que nous partageons avec eux. Et que nous avons hâte de continuer à partager.