(Interview) Ondes : « Je pense mes chansons comme des tatouages »

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Avec Sous la surface, son deuxième EP, Ondes confirme ce qu’on pressentait dès L’amer : une façon bien à lui d’aller chercher l’intime sans jamais le rendre confortable. Cinq titres à la croisée de l’électro-pop et du rap chanté, une direction artistique soignée, et une scène qu’il habite comme si c’était l’unique endroit où tout prend sens. Rencontre.

Sous la surface, ton deuxième EP, semble vouloir aller chercher ce qu’on préfère taire. C’est quoi l’idée centrale ?

Sous la surface c’est un EP de 5 titres, à la croisée de l’électro-pop et du rap chanté. J’ai voulu créer un projet qui aborde des tabous, des thématiques qu’on n’ose pas toujours évoquer, ou en tout cas que je n’entends pas suffisamment aujourd’hui.

Pour moi, cet EP se situe entre le monde extérieur et notre monde intérieur. Il interroge la frontière entre ce que l’on est, ce que l’on montre et ce que l’on ressent profondément.

Chaque chanson explore une lutte intime, souvent déclenchée par le regard des autres : la pression sociale et les codes de virilité dans Décor, le manque d’amour d’une figure parentale dans I See Your Face, le désir pour une autre personne malgré une relation exlusive dans Danserai pas, les nouveaux couples avec les applications de rencontre dans Aléa ou encore la santé mentale détruite par les réseaux sociaux dans Merde immense.

Derrière des productions tantôt dansantes, tantôt plus sombres, j’ai voulu mettre en lumière la quête identitaire que j’ai traversée ces dernières années, dans un monde saturé d’images, d’attentes et de connexions superficielles.

C’est un EP à la fois frontal et sensible, qui invite à regarder “sous la surface” pour toucher à l’essentiel.

Si Danserai pas est sorti il y a plusieurs mois, comment as-tu pensé ce projet, sur lequel chaque morceau a également son identité visuelle ?

Je n’ai pas vraiment “pensé” ce projet au départ. J’avais surtout envie de vivre, de ne pas me fixer de limites, de créer librement à partir de mes envies et des questionnements que j’ai traversés ces dernières années. En général, quand j’écris une chanson, c’est qu’un sujet prend beaucoup de place dans ma vie, dans ma tête. J’ai besoin de faire le point, de me soulager d’un poids que je dépose à travers l’écriture et la musique.

Après la sortie de mon premier EP L’amer, j’ai eu la chance de faire beaucoup de concerts, de gagner des tremplins, de faire des premières parties… Et surtout, j’ai découvert le plaisir d’adapter mes morceaux pour le live. C’est comme ça qu’est née l’envie de créer des chansons pensées avant tout pour la scène. J’avais déjà la prod de Danserai pas à cette époque.

J’adorais le rythme, la mélodie de la guitare, et je savais que je voulais attendre le bon moment pour écrire dessus. Un soir, dans ma voiture, après l’avoir écoutée pour la énième fois, la topline est arrivée : “je ne danserai pas, je t’ai dit que je ne danserai pas”. Et à partir de là, le thème est né : pourquoi ne pas danser ? Qu’est-ce que ça signifie ? C’est comme ça que j’ai commencé à écrire un morceau qui allait finalement devenir une pièce importante de ce deuxième EP.

En parlant d’identité visuelle, tu as déjà créé un monde bien à toi, très coloré. D’ailleurs chaque cover est d’une couleur très identifiable. Pourquoi ces choix ?

J’ai toujours été fasciné par les artistes qui développent un univers visuel fort, j’ai voulu, à mon échelle, construire une direction artistique globale, liée à chaque chanson.

J’ai travaillé sur cet EP avec la photographe et réalisatrice Laureen Burton, que j’ai découverte sur Instagram grâce à son travail avec l’artiste Shaga. On a commencé avec Décor, sur le clip et la pochette, et cette première collaboration m’a donné envie d’aller plus loin : créer un univers visuel propre à chaque titre.

Ondes, pour « Merde immense » @laureenburton

C’est à ce moment-là que j’ai voulu collaborer en plus avec la Made, composé de Lili Poe et Mathieu Grenier Bennaim. Ensemble, on a construit une direction artistique riche autour des morceaux, qui étaient déjà mixés et masterisés. L’idée était de jouer avec une esthétique assez “superficielle” — des fonds colorés, très studio — tout en y ajoutant de la profondeur à travers les émotions et les ambiances. Je suis extrêmement fier du résultat, et profondément reconnaissant envers eux de m’avoir accompagné sur tout ce projet.

Entres rythmiques textuelles entêtantes sur Danserai pas ou Merde Immense et un côté très personnel sur Aléa et I see your face comment a été pensé cet EP ?

Je pense mes chansons comme des tatouages : elles marquent une réflexion, un moment de vie, quelque chose que j’ai traversé ou que je traverse encore. La musique est pour moi une forme de thérapie. Elle me permet de prendre du recul, de capturer une émotion, une période, et de la transformer en quelque chose de concret.

Sous la surface, c’est vraiment un morceau de ma vie de jeune adulte, ce passage entre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Il n’y a pas de concept strict derrière cet EP. J’ai simplement eu envie d’écrire un peu moins sur des faits précis de ma vie, et davantage sur mon rapport aux autres.

Un texte, c’est une histoire, quelle réception souhaites-tu de ton EP pour ton public ?

Je pense que cet EP va toucher un public plutôt jeune, autant par ses sonorités que par les thèmes abordés. C’est la vie que j’ai vécue entre 20 et 25 ans qui parle ici. J’avais envie de garder une trace de cette période, comme pour ne pas l’oublier.

J’ai toujours été attiré par les artistes qui font réfléchir à travers leurs textes. Pour moi, Stromae incarne parfaitement ça : il fait danser tout en faisant passer des messages forts. À mon échelle, c’est aussi ce que j’essaie de faire. C’est important pour moi que chaque chanson porte une forme de sens, presque une “morale”, et que la musique comme le texte puissent exister pleinement, ensemble ou séparément.

Tu as déjà fait un certain nombre de dates, dont une marquante à la Dame de Canton. Comment crées-tu ton live ? 

Le live, c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. C’est même, je pense, une de mes forces. Tout ce que je fais à côté — la musique, les réseaux, la communication — a un seul objectif : pouvoir monter sur scène.

©Seppshots-Ondes

J’ai eu un déclic en voyant Stromae en concert à Bordeaux en 2014, sur la tournée Racine carrée. Je connaissais ses morceaux par cœur, mais sur scène, tout était différent : des versions revisitées, des remix, des mashups… Il donnait une nouvelle vie à ses chansons. C’est exactement ce que j’essaie de faire à mon échelle aujourd’hui.

Sur scène, je suis au piano et au chant, accompagné de mon Baptiste Manec, un batteur incroyable, parce que je trouve que la batterie est l’instrument qui apporte le plus de puissance en live. Mon rêve serait d’avoir plus de musiciens, mais en réalité, le format duo reste le plus simple pour tourner. J’aime aussi beaucoup faire participer le public : le faire chanter, danser, venir dans la foule… Pour moi, un concert, c’est un trio : la batterie, le chant/piano, et le public.

©Seppshots-Ondes

De quelle manière les textes qui te sont très personnels résonnent sur les scènes ?

Il n’y a rien de plus précieux pour moi que d’interpréter ces morceaux sur scène. On me demande parfois si je n’ai pas peur de dire des choses aussi intimes devant autant de monde. Mais en réalité, je ressens surtout une immense chance : celle d’avoir un espace pour parler d’émotions, de sujets tabous, de sensibilité, de remettre en question certains codes sociaux… Pouvoir faire réfléchir, faire rire, faire pleurer, partager tout ça avec des gens, c’est une chance infinie. Et c’est exactement ce qui me fait vibrer.

Tu as déjà participé, entre autres, au festival Les Ondes S’en Mêlent, comment s’est passée cette date ? A t-elle un rapport avec ton nom de scène ? Quelle est son histoire? 

J’ai entendu parler de ce tremplin grâce à mon équipe, qui repère les dispositifs dans la région. Et j’ai trouvé ça assez drôle qu’il porte le même nom que mon projet, donc j’ai voulu tenter ! J’ai eu la chance de remporter le prix en solo, avec à la clé la possibilité de jouer au festival l’année suivante. L’été d’après, j’ai donc pu faire un live complet et en duo cette fois ! C’était mon premier festival, une expérience incroyable. Je leur suis encore très reconnaissant pour la confiance et l’opportunité.

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