Vieilles Charrues 2026 : la Bretagne au complet, une fois de plus

Photo de couverture : Vieilles Charrues 2026 – Mano Le Bris (@manoverso)

Carhaix a fait ce qu’elle sait faire depuis trente-quatre ans : transformer un bourg du centre Finistère en capitale provisoire de la musique, le temps d’un jeudi à un dimanche de juillet. Pour cette édition placée sous un thème boréal assumé jusque dans la scénographie, les Vieilles Charrues ont fait ce qu’elles font aussi depuis longtemps : faire complet avec 280 000 festivaliers.

Jeudi, l’ouverture calibrée

Katy Perry en ouverture, en exclusivité bretonne, aux côtés de Gims, entre plusieurs dates, dont à Musilac et à Paléo. À Carhaix comme à Nyon, on a eu du mal à y croire quand l’américaine a été annoncée. Le show est XXL à l’image de l’artiste, qui pourtant adapte parfaitement son show au format festival. Le spectacle d’une heure est demie est pensé pour son impact visuel immédiat, calibré, diront certains, peut-être trop pour l’esprit du festival selon d’autres, peut-être un peu moins dans le chant, cela dit. C’est bien là que se joue une partie du débat qui traverse les Charrues depuis quelques éditions : entre le désir de têtes d’affiche capables de remplir une jauge à 70 000 par jour et l’identité d’un festival né du terroir et de la scène bretonne. GIMS arrive comme toujours à convaincre les foules à coups de hits de toutes les générations, Piche est la grosse claque des débuts de soirée, Iliona embarque dans sa poésie. Un jeudi hyper éclectique et plaisant, somme toute. Et évidemment, comment ne pas parler de Biga*Ranx qui depuis des années arrive à rameuter de nombreuses foules ? De nombreux fans sont présents, l’artiste donne tout comme toujours, c’est beau, ça fait plaisir.

Gims aux Vieilles Charrues – ©️ Mano Le Bris (@manoverso)

Vendredi, la nuit Nick Cave

C’est sur la scène Glemnor, le vendredi, que l’édition 2026 a probablement trouvé son sommet. Nick Cave & The Bad Seeds ont livré deux heures et demie de scène, que les programmateurs eux-mêmes décrivent comme l’un des moments les plus intenses du week-end. Ce que les retours insistent à souligner, c’est moins la performance technique que la connexion directe, presque physique, entre Cave et les premiers rangs. Un moment de partage total, pour reprendre l’expression qui circule depuis. Ce genre de concert ne se raconte pas vraiment, il se vit, et ceux qui y étaient le savent déjà. On a déjà hâte du passage à Rock en Seine !

La même soirée, Jean-Louis Aubert a rassemblé les générations, du genre plateau où les parents chantent aussi fort que leurs enfants. Il aurait, dit-on, eu du mal à quitter la scène. “Voilà, c’est fini”, aurait-il lâché avant de disparaître dans les coulisses. Une petite phrase qui, involontairement, résume assez bien ce que ressentent beaucoup de festivaliers au moment de plier le camping le dimanche soir.

Puis, Mosimann. Mosimann, quoi. Le créateur du Dream Track, croisé à Bobital, qui fait de chaque show un événement unique en son genre. Aux Francofolies de SPA, il ramène Helena pour un remix de Mauvais Garçon, à Paléo, il ne cache pas son émotion de jouer chez lui, gros drapeau suisse en fond de scène. Aux Charrues, rien de bien compliqué : simplement le Bagad de Briec en special guest, tout en jouant le Dream Track de Matmatah, pour un concept 100 % Bretagne. Ou comment s’adapter au lieu tout en se faisant plaisir. Maintenant, reste plus qu’à attendre l’Accor Arena dans un peu plus d’un an, on sera au rendez-vous. 

@evenements.finisteresud

🎧 Mosimann a relevé le défi du Dream Track aux Vieilles Charrues ! À partir des consignes données par Matmatah, Mosimann a imaginé un mix inédit, accompagné du Bagad Brieg, pour offrir au public un moment aussi surprenant que spectaculaire. L’un des temps forts de cette édition ! 🔥 @MOSIMANN @BagadBrieg #VieillesCharrues2026 #Mosimann #Matmatah #BagadBrieg #Carhaix

♬ son original – Événements & Tourisme en Finis

Samedi et dimanche, le grand écart assumé

Aya Nakamura et Mika ont occupé le samedi, deux popstars aux univers presque opposés mais qui, sur une prairie bretonne à la nuit tombée, finissent par raconter la même chose : la pop reste le langage commun d’un festival qui n’a jamais eu peur d’en faire trop. Aya, de retour de trois Stade de France archi-complets, trouve son public en festivals, malgré un show qui, après le gigantisme d’un stade, paraît presque trop simple en festivals – c’est bien normal. Le dimanche, la scène Glenmor a fermé sur un doublé Orelsan puis Rilès, monstre de scène qui joue tant avec le naturel qu’avec le millimétrisme. Orelsan, qui rend chaque show unique avec son entrée sur scène, démarre avec Juste Shani, programmée le même jour, et avec qui il partage un duo. Puis, on visite en images les backstages, ça fait toujours plaisir.

Une grosse, très grosse programmation

Réduire les Charrues 2026 à ces noms-là serait passer à côté de ce qui fait la vraie force du festival. La scène Grall a, comme toujours, servi de terrain de jeu aux découvertes et aux valeurs sûres de la scène française actuelle, 47 Ter, Maureen, Danyl, Asfar Shamsi, Jolagreen ou Georgio s’y sont succédé devant un public souvent aussi dense que sur les têtes d’affiche, une année où les artistes rap manquent un peu plus à l’appel que les autres années. 

Danyl aux Vieilles Charrues – ©️ Mano Le Bris (@manoverso)
Maureen aux Vieilles Charrues – Danyl aux Vieilles Charrues – ©️ Mano Le Bris (@manoverso)

La scène Gwernig, elle, a fait ce qu’elle fait depuis toujours : accueillir un fest-noz et rappeler que Carhaix reste un festival profondément breton avant d’être un festival tout court. Feu! Chatterton a par ailleurs proposé un créneau accessible en langue des signes, un dispositif encore rare dans les grands festivals français et qui mériterait d’être généralisé plutôt que salué comme une exception.

Feu Chatterton aux Vieilles Charrues – ©️ Téo Floc’h – @flcstudio29

Puis, notons que comme pour Beauregard, Jain a offert un show surprise sur une scène même pas existante de base : la sienne. Ramenant sa voiture et ses enceintes, l’artiste propose deux shows, près de la grande roue, à 15h et 18h, pour présenter son album à venir. Un opus qui s’annonce plus dansant que jamais, entre électro et sonorités à la Makeba, une signature très précise qui fait que Jain est vraiment Jain. On a hâte de la suite, et on se demande si le concept surprise sera proposé sur d’autres festivals : peut-être le Cabaret Vert ?

Jain aux Vieilles Charrues – ©️ Téo Floc’h / @flcstudio29
Jain aux Vieilles Charrues – ©️ Téo Floc’h / @flcstudio29

Le bilan

Météo clémente sur l’ensemble du week-end, à l’exception de quelques averses orageuses le premier jour vite oubliées. Interpol, Vanessa Paradis, Miossec, Patrick Watson, Josman ont complété une affiche qui aura, une fois de plus, cherché le grand écart entre standards internationaux et scène francophone, entre rap, chanson et musiques bretonnes.

Le vrai enseignement de cette 34e édition, c’est peut-être que les Charrues ont fini par imposer leur propre lecture du mot festival populaire. Un lieu où Katy Perry et le fest-noz cohabitent sans que personne n’y trouve à redire, où une jauge de 280 000 personnes n’empêche pas un concert de Nick Cave de ressembler à un moment intime. La question qui se posera pour 2027 n’est plus de savoir si Carhaix peut continuer à grossir. C’est déjà réglé, la jauge est pleine chaque année. La question est de savoir si les Charrues pourront aller encore plus loin, lors d’une trente-cinquième édition où les attentes sont toujours aussi élevées.

Car si les festivals ont aujourd’hui du mal à aligner les têtes d’affiche tout en gardant des prix acceptables – un défi toujours plus dur à relever, les Charrues restent parmi les références en matière de festivals français. On croise les doigts pour une édition aussi belle l’an prochain !

Vieilles Charrues 2026 – Mano Le Bris (@manoverso)

Articles connexes

Musilac : un final en apothéose

Dimanche 12 juillet marquait le dernier tour de piste...

Les stades, la nouvelle concurrence des festivals ?

Photo de couverture : DAMSO ©️ ROMY RYCERTZ Cet été,...

6 festivals à connaitre en Bretagne

Photo de couverture : Fête du Bruit dans Saint...

Les Déferlantes 2026 : la vague musicale du Barcarès

Du 11 au 13 juillet 2026, Les Déferlantes reviennent...

Vieilles Charrues : Une plainte déposée par un bénévole contre le maire de Carhaix

Ce dimanche, dernier jour de l’édition 2021 des Vieilles...

Les Vieilles Charrues annoncent l’annulation de l’édition 2020

Depuis plusieurs semaines, de nombreux festivals ont dû annoncer...