Une année encore, Paléo s’est distingué par la qualité de sa programmation artistique. Du mardi au dimanche, le festival suisse a su relever le défi d’attirer des artistes aussi bien francophones qu’internationaux. Retour sur quelques-uns des lives qui ont marqué nos esprits.
Photo de couverture © Anne Colliard
Twenty One Pilots, pour bien rentrer dans le bain
Ils sont si rares cette année. Une seule date en France, le Main Square Festival. Un Mad Cool à Madrid, quelques festivals en Europe de l’Est, et c’est tout. Twenty One Pilots offre une quasi-dernière date européenne à Paléo, mercredi 22 juillet. Pendant près d’une heure et demie, le duo de Cleveland a embarqué les dizaines de milliers de fans émus, qu’ils soient dans les gradins ou dans la fosse en contrebas, pleine à craquer. Avec un début de show centré sur les deux derniers albums, Tyler et Josh offrent une présence scénique hors du commun, comme ils en ont l’habitude. Dès le deuxième titre, Tyler Joseph monte dans le public, Josh Dun escalade plus tard une grande structure pour y jouer de la batterie. Deux sur une immense scène, peu importe, ils savent faire le show à chaque instant. Ride est interprété avec un fan du public, par ailleurs membre d’un petit groupe suisse, originaire de la trop peu connue ville de Gland. Les titres emblématiques des albums Blurryface et Vessel ne sont pas oubliés, à l’instar de Stressed Out, repris en choeur sans aucun doute sur les paroles. Trees, comme depuis les premières tournées, clôture ce show légendaire, les deux musiciens dans le public.

Katy Perry en reine de Suisse
On pensait avoir assez parlé de Katy Perry, avec ses six dates françaises, dont à Musilac. En fait, on aura jamais assez parlé de Katy Perry en festival, tant c’est improbable et spectaculaire. Elle nous a sorti son drapeau français sur chaque date, comme si elle franchissait la lune en mode Amstrong. Le drapeau suisse aura droit à la même sentence. Aucune improvisation, le show est exactement le même que partout, mais Katy prend plaisir sur scène. Et nous, on prend plaisir avec elle. Qui s’amuse le plus entre elle et nous ? On ne le saura jamais. Mais la légende raconte que ce show, comme les autres, restera dans les plus marquants, tant nous sommes pris par les tubes tels que California Girls qui ouvre la setlist, Roar que l’on reconnait entre mille ou encore Firework qui conclut la séance, crème solaire géante éclaboussant le public. Et comment ne pas parler de Hot and Cold, dans sa bouteille géante ? Ok, les festivaliers paient des dizaines d’euros (pardon, de francs suisses) pour se faire rouler dessus par Katy Perry. Mais, ils en redemandent, et en redemanderont.

Gorillaz, l’émotion à son apothéose
On a eu du mal à retenir nos larmes pour leur toute première date de la tournée, à We Love Green. On a eu du mal à retenir nos larmes à Musilac, un mois plus tard. Doit-on dire qu’on a été plus forts cette fois à Paléo ? Absolument pas. Damon Albarn revient avec tout son « ensemble of people » sur scène. Après les avoir déjà vus, on comprend aussi que Damon Albarn sur les bords du lac d’Aix les Bains n’avait vraiment (voire pas du tout) envie d’être là. Ici à Nyon, l’intensité de ce live, porté par l’émotion de l’album The Mountain, est complètement différente, avec un chanteur qui parle entre les titres, sourit à chaque instant, revient plusieurs fois dans la foule. Musilac n’aura pas eu cette chance, pourtant, le public était vraiment là.
Comme Lux de Rosalía, The Mountain de Gorillaz est supposé devoir s’écouter d’une traite pour entrer dans l’histoire. The Mountain, le titre cette fois, ouvre le live, comme on rentre dans l’histoire de ce neuvième album, unique dans la discographie de Gorillaz. The Happy Dictator donne la suite du ton, l’émotion de la perte se retrouve sur Orange County, titre sur lequel le groupe est toujours accompagné de l’incroyable Kara Jackson.
On pourrait presque se passer des grands classiques, tant l’intensité de ce live se retrouve dans chaque titre. Pourtant, pouvons-nous jeter la pierre à nos premières amours de Gorillaz ? Le plaisir ne se retrouve t-il pas à l’écoute en live d’un Last Living Souls ou encore d’un Feel Good Inc. ? The Shadowy Light prend presque encore plus de sens quand il est repris en choeur par une assemblée compacte, là où le groupe a eu peut être un peu de mal à emmener le public de Musilac… Ce soir, l’émotion est à son comble, dans une version d’une heure et demie du concert.

Lorde, la grande classe
Combien d’artistes rient d’eux mêmes quand ils disent « I am apparently a popstar » ? Lorde, qui n’a jamais pris la grosse tête, emporte tout sur son passage, dès le premier titre. Et quel premier titre… Royals, car ici, on a pas le temps. Ce serait presque à se demander si l’artiste néo-zélandaise n’a pas rapidement envie de passer à autre chose, comme par exemple, sa discographie la plus récente. Sans jamais faire de concession sur ses anciens titres, le live est porté par les titres de Virgin, sorti en 2025. D’ailleurs, What Was That est littéralement le deuxième titre joué lors du live à Paléo. Sa scène, amovible sur chaque titre, montre comment laisser toute la place à une chanteuse, accompagnée de quelques musiciens, d’une danseuse et d’un danseur. Résultat, chaque titre devient une oeuvre à part entière, chaque morceau prend une nouvelle dimension. Montant sur certains titres sur des plateformes, lesquelles emmènent la chanteuse très haut dans les airs, ou plutôt sur la scène, utilisant ces plateformes en y intégrant une caméra pour un contact très proche, Lorde ne se refuse rien. S’il est parfois plus difficile de voir le côté spontané des performances, le live est jonché de paroles, d’échanges, de contacts. Jusqu’à ce moment, où elle avoue son émotion de jouer dans un si joli cadre, que son rêve a toujours été d’être une popstar… et c’est là qu’elle en rigole, comme si elle même n’y croyait pas. Nous, on y croit complètement, et on y croira tout autant à Rock en Seine, fin août.

Björn Again, on l’a pas vu venir
Ce nom ne nous disait rien. Pourtant, vendredi 24 juillet, Björn Again est programmé sur la scène Vega, la grande scène, à la même heure que Helena le lendemain ou Morcheeba la veille. On s’approche, on entend Waterloo de ABBA. Alors déjà, les frissons, car c’est Waterloo de ABBA. Sur scène, cinq musiciens, quatre ressemblant étrangement au groupe suédois. L’année où le Village du Monde représente la Scandinavie, on commence à comprendre. Comme The Australian Pink Floyd Show, Björn Again est l’un de ces groupes officiels de reprises d’ABBA. La ressemblance est à s’y méprendre, le voyage dans le passé, quand c’était jadis, Chiquita, Fernando, Dancing Queen… Le public est à fond, plus que jamais. Les sourires sont sur toutes les lèvres. Était-ce là l’un des plus beaux moments de cette édition de Paléo ? On ne s’y attendait pas, on en veut encore.
Ásgeir, la puissance islandaise
L’Islande offre toujours des sensations fortes. Kaléo et Bjork en sont clairement les preuves. Ásgeir fait partie de cette nouvelle scène islandaise. L’artiste accompagné de deux musiciens offre des titres quasi exclusivement en islandais, mais il n’est pas nécessaire de comprendre la langue pour fermer les yeux, un petit sourire en coin, et d’apprécier les sonorités indie folk, avec quelques touches de rock.
Présent au Village du Monde et pour un concert (pas si) secret à l’Escale, petit bar de la zone, en petit comité, Ásgeir a pris une place toute particulière dans nos coeurs. Dans quelques semaines, il sera de retour en France, avec une date à côté de Caen, au Transbordeur de Lyon, et à la Maroquinerie de Paris. Vous saurez clairement où nous trouver le 18 septembre.

Balu Brigada, les chouchous de la Vega
Présents il y a quelques mois au Trabendo à Paris, Balu Brigada continue une tournée des festivals, presque à chaque fois que Twenty One Pilots sont dans les parages. Le titre Backseat est déjà un tube, repris par des milliers de festivaliers entre les concerts de Suzane et de Lorde. Qu’il est appréciable de danser au son de l’indie néo-zélandais, sous un soleil couchant, avec dans notre dos le Mont Blanc. Une des révélations indie-pop des derniers mois, à consommer sans modération.

