Jeudi 19 mars 2026, William Rezé alias Thylacine prenait possession du Zénith de Paris pour présenter son nouvel album Roads vol. 3. Un show immersif, cinématographique, qui confirme que l’électro française n’a jamais été aussi ambitieuse.
Vraell en ouverture
Avant que les lumières ne s’éteignent vraiment, c’est Vraell qui se charge d’ouvrir la soirée. Un choix cohérent avec l’univers de la tête d’affiche : une électro atmosphérique, planante, qui prépare doucement les esprits au voyage qui s’annonce. La salle se remplit progressivement, et quand Vraell quitte la scène, le Zénith est plein. Le décor est planté. Les quelques minutes d’entracte laissent déjà imaginer la conception de la scène de Thylacine, pensée comme un voyage immersif et onirique.
Un show pensé comme un album
Thylacine, on le sait depuis ses débuts, construit des expériences visuelles et sonores dans tous ses lives. Ce soir au Zénith de Paris, la scénographie confirme cette ambition : des projections visuelles immersives qui enveloppent toute la scène, des images de paysages lointains, de routes interminables, de lueurs qui pulsent en rythme avec les machines. Pour ces projections visuelles, des barres verticales en LED donnent une dimension presque 3D autour de l’artiste qui monte sur scène, accompagné de son pianiste qui sera présent sur la plupart des morceaux. Seul bémol de cette belle scénographie : elle semble pensée principalement pour une immersion complète de face, les images étant rapidement déconstruites dès lors que le public se trouve un peu décalé ou sur les côtés. Malgré tout, le tout crée une imagerie de carnet de voyage projeté en grand format, nourri de toutes les odyssées qui ont construit la discographie de William Rezé, du Transsibérien aux Îles Féroé, des Andes à la Turquie, et désormais à l’Afrique australe, continent choisi pour Roads vol. 3. Sa célèbre caravane Airstream de 1972, studio mobile et symbole de toute une philosophie artistique, est même représentée sur scène. L’homme ne laisse rien au hasard.
Sur scène, Thylacine jongle entre les machines, le saxophone (son instrument de conservatoire, jamais vraiment loin), les claviers, les samplers et d’autres instruments moins connus . C’est à la fois très technique et très humain : on sent à chaque instant qu’un musicien est derrière tout ça, pas seulement un producteur qui lance des stems. Les textures organiques captées lors de ses voyages se mêlent aux beats, les sons du monde deviennent électroniques, le Zénith se transforme en quelque chose de plus grand que nous.
La setlist, un voyage en bonne et due forme
Le set du Zénith puise à travers toute la discographie, avec une large place faite aux nouveaux titres de Roads vol. 3. On retrouve Shark Island en ouverture, qui installe immédiatement l’atmosphère organique et intense de ce troisième volet. Discussion with a Giant, premier titre de l’album, fait son effet attendu sur un public qui voit déjà ce morceau comme un classique. Le show devient progressivement plus chaud, toujours plus rythmique, teinté de sonorités sud-africaines et de cuivres qui donnent une nouvelle dimension à son électro. Entre deux morceaux, Thylacine prend la parole, explique avec émotion que c’est fou pour lui de nommer le « Zénith de Paris », pourtant plein à craquer. Il insistera sur cette scénographie, imaginée sur un bout de papier lors de la préparation de son album, qui prend vie sous nos yeux, que l’on peine à ne pas fermer parfois, transportés par la musique douce et captivante, qui prend en intensité de morceaux en morceaux.
Thylacine ne se limite pas à son dernier album. Les classiques de la discographie font leur apparition pour le plus grand bonheur d’un public qui visiblement sait tout par cœur : Transsib provoque une explosion dans la fosse,d’autres morceaux de ses voyages en Amérique du Sud rappellent les odyssées précédentes, contées musicalement à un public conquis. Régulièrement, le saxophone de William Rezé plane au-dessus des cordes, on se retrouve quelque part entre la salle de concert et la planète.
Un voyage toujours plus immersif
Ce qui frappe en voyant Thylacine dans une grande salle, c’est à quel point son univers y trouve sa place. La salle est grande et pourtant, chaque recoin du Zénith fait partie de l’immersion sonore qui trouve son apogée sur scène. Depuis ses débuts confidentiels sur SoundCloud jusqu’à cette salle comble, la trajectoire est implacable. Il a pris le temps, d’album en album, de construire quelque chose de vraiment singulier dans le paysage électronique français, bien que son public le suive désormais depuis de nombreuses années. Ce soir-là, la salle pleine lui donne raison de continuer.
Thylacine cet été en festival
Pour les personnes qui auraient raté cette date parisienne, Thylacine sera au rendez-vous de plusieurs grandes scènes de festivals cet été. On le retrouvera notamment au Cercle Festival au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget les 22, 23 et 24 mai, au Minuit Avant La Nuit à Amiens le 13 juin, à Garorock à Marmande le 27 juin, ou encore à Beauregard le 2 juillet. Quelques dates qui rappellent la présence de l’artiste dans notre paysage français.
