Que trouve-t-on dans une loge d’artiste en festival ?

- Advertisement -

Il y a des endroits qu’on ne voit jamais depuis la fosse d’un festival. Côté backstage, où les artistes se préparent, soufflent, mangent, s’échauffent, on note parfois quelques demandes, quelques caprices même. Toujours, dans l’objectif d’apporter le meilleur show. La loge d’artiste, c’est l’envers du décor par excellence : un microcosme qui dit souvent autant sur un artiste que sa setlist. Et à l’occasion d’un festival, quand des dizaines de noms se succèdent sur plusieurs scènes, la gestion de ces espaces devient un casse-tête logistique à part entière. Alors, qu’est-ce qu’on trouve vraiment derrière la porte marquée « Backstage » ?

Le rider hospitality : le document qui régit (presque) tout

Avant de parler de ce qui garnit les frigos et décore les murs, il faut parler du rider. Ce terme anglais que l’on pourrait traduire parfois par « annexe », désigne une partie du contrat signé entre un artiste et un organisateur. Le rider stipule les différentes demandes techniques et logistiques (ce que le lieu doit apporter à l’artiste, ce que l’artiste apportera de lui-même). Une deuxième partie de ce rider permet aussi de répondre aux demandes d’accueil de l’artiste. 

Dans sa forme la plus basique, le rider hospitality (tel qu’il est appelé, pour sa partie accueil) d’un artiste « raisonnable » ressemble à une liste de courses un peu précise : eau plate et gazeuse, quelques snacks, du café, des fruits, des serviettes. Il est très généralement demandé une loge qui puisse se fermer à clé et un accès au WiFi. Pour les festivals, s’y ajoutent souvent des créneaux de restauration (le fameux catering), un espace pour le crew, et parfois des dispositions sur le transport ou l’hébergement. Rien de très exotique, jusqu’à ce que ça le devienne.

Ce qu’on trouve habituellement dans une loge

Même hors des cas extrêmes, une loge de festival, ça se compose d’un certain nombre de classiques. On y retrouve :

  • Côté boissons : de l’eau en quantité industrielle (les artistes ont soif, la scène assèche), des jus de fruits, souvent de la bière, voire quelques bières locales si l’organisateur est attentionné, du vin. Les spiritueux apparaissent dès qu’on monte en gamme de cachet.
  • Côté nourriture : fruits frais, plateau de fromages, charcuterie, parfois un repas chaud assuré par un traiteur ou le catering festival. Les régimes spéciaux (végétarien, végan, sans gluten) sont de plus en plus courants et doivent être anticipés.
  • Côté confort : miroirs, canapé ou zone de détente, penderie ou portemanteau pour les tenues de scène, salle de bain ou douche attenante si possible, lumière chaude de préférence (les artistes n’aiment pas les néons blafards au moment du maquillage, c’est une constante universelle).
  • Côté pratique : WiFi, multiprises, parfois un écran pour suivre le live des autres scènes, et un interlocuteur disponible — le régisseur plateau ou un runner — pour les imprévus de dernière minute.

Pour beaucoup d’artistes, notamment dans les musiques actuelles en France, c’est largement suffisant. Un bon catering, une loge propre, du calme avant de monter sur scène : l’essentiel.

Faux rider Esprit Festivalier

Et puis il y a les autres

C’est là que ça devient intéressant. Certains riders sont entrés dans la légende — et pas pour leur sobriété.

Elton John aux Vieilles Charrues : l’homme a ses standards, et il les fait respecter jusque dans les champs bretons. Aux Vieilles Charrues en 2014, où il revenait tenir sa promesse après une appendicite qui l’avait contraint d’annuler l’édition 2013, son rider imposait que sa loge soit ornée de six grands palmiers ou ficus d’environ 1,8 m, de cinq vases carrés avec 16 roses rouges ouvertes, et de deux autres avec 16 roses blanches. Détail qui tue : les fleurs devaient être sans feuilles et coupées à exactement 112 mm. Il est arrivé en hélicoptère trois heures avant le show, après avoir atterri en jet privé à Lorient, avec une équipe d’une quarantaine de personnes. Carhaix, mais en grande pompe.

Van Halen et les M&M’s sans marron : le cas de référence absolue, cité dans tous les articles qui parlent de riders depuis quarante ans. Le groupe demandait des M&M’s dans sa loge, mais exigeait que les exemplaires de couleur marron en soient retirés. Ce qui ressemblait à un caprice de rock star avait en réalité une logique : si les marrons étaient encore là à l’arrivée, ça signifiait que le rider n’avait pas été lu attentivement et que la scène technique méritait d’être vérifiée d’urgence. Une clause-test cachée dans un rider de bonbons. Blur s’est d’ailleurs inspiré de cette légende, demandant à son tour des M&M’s dans ses loges, mais sans les verts. 

Iggy Pop : ses riders sont devenus cultes, non pas pour leur sérieux mais pour leur ton. Ils font généralement une vingtaine de pages, remplies de demandes folles et de blagues en tout genre. Parmi ses requêtes mémorables : un imitateur de Bob Hope présent dans la loge, et la précision que le chou-fleur et le brocoli, bien que commandés, devaient être « jetés immédiatement à la poubelle ». Il réclamait également que le preneur de son « parle anglais couramment et n’ait pas peur de la mort ». 

Jack White : son rider mentionne clairement « NO BANANA TOUR » — une histoire d’allergie au sein du staff — et comprend une recette détaillée de guacamole à suivre à la lettre, précisant le type d’avocats, la taille des morceaux et l’obligation de laisser le noyau pour éviter l’oxydation.

Eminem : en 2010, son rider s’était assagi sur l’alcool, mais il refusait toujours de transiger sur ses cornichons, uniquement ceux de Gundelsheim, et réclamait son vestiaire garni de grosses crevettes géantes et d’haltères de 25 livres.

Madonna : chefs personnels, professeur de yoga, acupuncteur, et siège de toilettes flambant neuf partout où elle passe. Certaines sources ajoutent qu’elle transporte ses propres meubles en tournée et exige que ceux des hôtels soient retirés.

Et puis il y a Charles Aznavour : il était connu pour réclamer des bouteilles de grands crus hors de prix lors de ses concerts, sans jamais les consommer. Il les glissait dans ses affaires et les ramenait dans sa cave pour les servir à ses invités. Le rider comme stratégie d’approvisionnement. Il fallait y penser

Ce que ça dit du monde du live

Le rider hospitality est un document qui reflète la relation de pouvoir entre un artiste et un organisateur, mais aussi, parfois, une vraie logique de confort et de performance. Et l’organisateur, souhaitant que son show se passe pour le mieux, se doit d’accepter les conditions signées (ou les négocier avant signature, mais dans le cas d’un rider hospitality, toutes proportions gardées, il n’y a que très peu de refus). Avant deux heures sur scène, les conditions d’accueil ont un impact réel sur l’état physique et mental d’un artiste. Et quand on y regarde de plus près, derrière les anecdotes les plus folles, il y a souvent une raison comme une allergie, une contrainte vocale, un rituel de concentration… que le storytelling star a tendance à éclipser.

- Publicité -

Articles connexes

- Publicité -