Se resserrer pour durer
Il faut commencer par là, parce que le festival ne l'a pas caché. L'édition 2025 n'a pas trouvé son public. Les organisateurs du Tetris l'ont reconnu publiquement au printemps : leur samedi, construit autour de la découverte avec moins de têtes d'affiche, n'a pas convaincu, et la fréquentation n'a pas suivi. Plutôt que de forcer, Ouest Park a choisi de réduire la voilure. Pour 2026, la jauge est passée à 4 000 festivaliers par soir, contre 6 000 auparavant, et chaque soirée a été pensée autour de noms solides, avec les découvertes greffées autour.
C'est un choix qu'on voit rarement assumé aussi franchement. Beaucoup de festivals de cette taille préfèrent grossir à tout prix ou disparaître sans bruit. Celui-ci a préféré rester debout, quitte à accueillir moins de monde.
Un fort, des moutons et quatre scènes
Le décor reste l'atout numéro un. Construit entre 1854 et 1860 pour défendre la ville, le Fort de Tourneville a perdu sa vocation militaire en 1976 avant de devenir un pôle culturel. Entre les bâtiments de brique, des moutons broutent en écopâturage à quelques mètres de la salle du Tetris. Porté par le Tetris, la scène de musiques actuelles du Havre, le festival s'y déploie sur quatre scènes : le Grand Chapiteau pour les têtes d'affiche, deux salles du Tetris et un nouveau lieu pensé pour danser. Deux jours plus tôt, le mercredi, les plus petits avaient eu droit à leur version maison, le Ouestiti Park.
Vendredi : Pete Doherty, voisin d'Étretat
La soirée du vendredi tournait autour de Babyshambles. Reformé fin 2025 après plus de dix ans d'absence, le groupe de Pete Doherty, figure du rock anglais des années 2000, faisait étape au Havre, à une demi-heure de route d'Étretat, où le chanteur s'est installé. Difficile de trouver plus « local » pour un Britannique.
Autour, l'affiche jouait le grand écart sans complexe. Kery James, l'une des voix les plus engagées du rap français depuis les années 1990, ouvrait le bal des grands noms. Flora Fishbach apportait sa pop en français, Temples sa pop psychédélique venue d'Angleterre. Puis la nuit basculait vers l'électronique, avec Daniel Avery et ses sets millimétrés, puis Jen Cardini pour fermer jusqu'à 2h30.

Samedi : Médine boucle la boucle
Le samedi appartenait à Médine. Le rappeur havrais revenait au Ouest Park huit ans après son dernier passage, et c'est chez lui qu'il venait boucler sa tournée, portée par son dernier album, Stentor. Détail qui mérite d'être souligné : son concert était annoncé intégralement chansigné par le collectif 10 doigts en cavale, avec une interprète LSF à l'accueil, un effort encore trop rare sur les grandes scènes.
Le reste de la soirée ressemblait à une playlist qu'on aurait laissée en aléatoire, dans le bon sens. Juste Shani en ouverture, la pop électro de Suzane, puis Sam Sauvage, qu'on avait repéré à Art Rock au printemps et qui continue de grimper. Les Sud-Africains de BCUC et leur transe brute, et pour finir la nuit, deux machines de guerre du DJ set : 2manydjs, puis Acid Arab et sa techno teintée d'Orient.

La scène d'ici, aussi
Ouest Park ne se contente pas d'importer des noms. Toute la programmation laissait une vraie place à la scène havraise et normande : les collectifs électro 329 (clin d'œil à la rue du fort) et Magma, le blues rock de Kaddy and the Keys ou l'électro punk de Dick Voodoo. Et côté fête foraine, les attractions déjantées de La Famille Walili étaient programmées les deux soirs.
Ce qu'on retient
Sur le papier, cette 23e édition avait tout d'un pari : moins de places, plus de têtes d'affiche, et deux artistes du coin pour porter les deux soirées. C'est peut-être la meilleure réponse à une année difficile. Un festival qui se présente lui-même comme « curieux » a choisi de le rester, en acceptant d'être un peu plus petit. Rendez-vous l'an prochain pour savoir si le pari a payé.






