Ce que les études disent
Selon un rapport du Ministère de la Culture intitulé «
» paru en 2023, le pays recense pas moins de 7300 festivals, dont 44 % sont dédiés à la musique et 38 % se déroulent en été. Toujours selon cette étude, 50 % de ces festivals ont été créés durant les années 2010.

D’après l’étude de 2025 du Centre National de la Musique sur l’économie des festivals, le financement des festivals indépendants s’articule ainsi : 44 % des recettes proviennent de la billetterie et 15 % du bar/restauration. Le 41% restant est réparti entre subventions, mécénat/sponsoring/partenariat, ventes de stands et merchandising. Et malgré un taux de remplissage billetterie de 100%, 2 festivals sur 3 sont déficitaires à la fin de leur édition.
La raison de ce déficit quasi-systématique repose principalement sur l’augmentation des charges qui progresse plus rapidement que l’augmentation des recettes. Lorsque les coûts progressent plus vite que les recettes, les organisateurs disposent de peu de marge de manœuvre : augmenter les billets peut réduire l’accessibilité, tandis que réduire les dépenses artistiques peut affaiblir l’identité et la crédibilité du festival.
Les grands groupes ne sont pas ou peu impactés car ils peuvent bénéficier de dépenses de gros, négocier davantage avec les prestataires, mutualiser les équipes ou accéder plus facilement à des financements et à des partenaires importants. Surtout que les groupes qui portent ces festivals ne sont pas leur activité principale (tourneur, producteur, promoteur de salle de spectacle, etc), le coût du festival se retrouve donc absorbé et balancé par l’intégralité du budget du groupe.
Subventions : de quoi parle-t-on exactement ?
Si un festival indépendant porté par une association à but non lucratif souhaite se pérenniser, les subventions sont pratiquement systématiquement obligatoires. Augmenter les tarifs des billets n’est pas une option, et difficilement faisable pour le festivalier, la culture étant le premier poste de dépense supprimé dans le budget des ménages.
Le but des subventions est d’équilibrer un budget, qu’il soit a minima nul. Dans le paysage des subventions en France, le choix est fourni ! Tout d’abord les institutionnels : DRAC, région, département, EPT et ville – puis de l’autres côté les organismes de gestion collective : SACEM, SPEDIDAM, ADAMI. Complètement à part, il existe le CNM (Centre national de la musique), tout neuf de 2020, il est chargé d’accompagner et structurer la filière musicale française.
On pourrait donc se dire que la solution est toute trouvée pour la pérennité des festivals : les subventions. Mais dans la réalité des faits, les dossiers de subventions sont loin d’être une partie de plaisir : il faut savoir traduire son festival en objectifs, en indicateurs, en budgets prévisionnels, en devis et en plans de financement. Puis, une fois l'aide obtenue, recommencer : justifier les dépenses, rassembler les factures, produire les bilans et répondre aux exigences de versement. À chaque financeur ses critères, ses formulaires et ses échéances.
Pour les petites structures, cette charge représente un investissement considérable en temps et en énergie, qui vient s'ajouter au travail de création, de production et de diffusion. Les projets sont ensuite évalués par des commissions dont les membres doivent se positionner selon leur seule sensibilité au projet. Par exemple, le subventionnement des musiques extrêmes est beaucoup moins visible.

Photo : Beauregard ©️ Grégory Forestier

L’argent publique doit-il prendre le relais ?
Lorsque le budget des ménages se resserre, les sorties culturelles et les loisirs font souvent partie des premières dépenses sacrifiées. Alors, est-ce à l'État de prendre en charge, via les subventions, une partie du prix des billets que certains ne peuvent plus se permettre ? Si l'accès à la culture est essentiel, comment garantir qu'il ne devienne pas un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens ?
Plusieurs travaux s'intéressent aux effets de la musique live sur le bien-être et la santé mentale. Une étude britannique publiée en 2018 avançait notamment des effets positifs sur le bien-être après un concert. La question reste néanmoins intéressante : si la culture contribue à notre équilibre, peut-on la considérer comme une simple dépense de loisir ?
Derrière les festivals, il y a aussi des emplois. Artistes, techniciens, chauffeurs, cuisiniers, équipes de production et intermittents du spectacle dépendent en partie de ces événements. Leur disparition fragiliserait donc bien plus que la programmation culturelle.
Mais avec près de 7 300 festivals recensés en France en 2019, une autre question se pose : cette abondance est-elle uniquement une richesse, ou révèle-t-elle aussi une forme de boulimie festivalière ? Tous les événements doivent-ils être pérennes ?
Alors, faut-il sauver tous les festivals ?
Tous ne sont pas voués à durer, mais faut-il pour autant laisser le marché faire le tri ?
Car un festival indépendant, c’est un espace de découverte, de rencontres et de liberté artistique. Et dans un modèle où les coûts augmentent plus vite que les recettes, les subventions publiques ne sont pas un simple bonus : elles sont indispensables à la survie de ces événements, au maintien de tarifs accessibles et à la diversité de la programmation.
Alors, non, il n’est peut-être pas nécessaire de sauver tous les festivals à tout prix. Mais il serait dommage de laisser disparaître ceux qui font la richesse de nos scènes musicales.
Et puis, soyons honnêtes : malgré les embout
eillages sur la route du camping, les toilettes sèches et la queue aux douches, les festivals, c’est quand même chouette. Ce serait dommage de s’en priver.

Rock en Seine : ©️ Louis Comar






