L’envers du décor : qui fait vraiment vivre un festival ?

On les voit rarement, on les remarque encore moins. Et pourtant, sans eux, le festival n’existe pas. Avant que les premiers festivaliers franchissent les portiques, des centaines, parfois des milliers de personnes ont déjà passé des semaines à construire, coordonner, vérifier, anticiper. Bienvenue dans les coulisses.

Les backstages : un monde à part

Le terme « backstage » recouvre en réalité deux réalités très distinctes. Il y a d’abord la zone technique et artistique strictement réservée (les loges des artistes, la régie, les espaces de catering) et puis il y a tout ce qui gravite autour : la zone de production, les espaces de coordination, les camions de matériel, les tentes de gestion de crise. L’ensemble forme une ville dans la ville, invisible du public, mais qui tourne à plein régime plusieurs jours avant et après le festival lui-même.

Un exemple avec cette photo du Jardin Sonore, qui laisse imaginer l’étendue, devant et derrière la scène, des espaces.

Jardin Sonore – @DRONE EFFECT

Qui y trouve-t-on ? Plusieurs familles de métiers très différentes, qui ne se croisent parfois que le temps d’un festival.

Les technicien·nes : les invisibles qui font le son et la lumière

Derrière chaque concert, il y a un ingénieur du son, souvent deux : un pour la façade (ce que le public entend) et un pour le monitoring (ce que l’artiste entend sur scène). Il y a aussi un régisseur lumière, qui programme et pilote l’ensemble du show à partir d’une console, et un régisseur général qui supervise l’ensemble de la chaîne technique. Ces professionnels sont pour la plupart des intermittents du spectacle : en 2023, on comptait plus de 312 000 salariés intermittents en France, dont environ 42 000 techniciens son, éclairage, vidéo et image. Leur particularité : ils travaillent par contrat à la journée ou au cachet, et enchaînent les festivals d’un bout de l’été à l’autre.

Fete de l’Huma 2023 – Dimanche 17 Septembre 2023 – Concert Angele – Scene Angela Davis – ©NnoMan

À ces profils s’ajoutent les riggers — les techniciens qui accrochent et sécurisent les structures en hauteur — et les machinistes, qui s’occupent du montage et démontage des scènes. Sur un festival de grande envergure comme le Main Square d’Arras que l’on pourrait citer, plusieurs équipes techniques se relaient sur plusieurs scènes simultanément, avec des changements de plateau parfois inférieurs à trente minutes entre deux artistes.

Le/la chargé·e de production : celui/celle qui pense à tout

Le ou la chargé·e de production est probablement l’un des postes les plus transversaux de toute l’organisation. Cette personne gère à la fois les besoins des artistes (hébergement, transport, catering, fiches techniques), les prestataires, les budgets, et la coordination entre équipes. Après l’édition, c’est elle qui fait le bilan, y compris sur des détails aussi concrets que le nombre de toilettes par rapport à la fréquentation, ou l’emplacement des scènes pour éviter les problèmes de contre-jour.

Et ce, sans compter les autres rôles, comme par exemple la personne chargée de l’accueil artistes. En 2024, nous rencontrions à Musilac Clara, responsable de ce pôle.

Clara lors de notre rencontre à Musilac @Bonjoursebas

Les bénévoles : l’âme du festival

C’est probablement la force la plus sous-estimée de tout l’écosystème festival en France. La France compte plus de 6 000 festivals musicaux sur l’ensemble du territoire, et la grande majorité d’entre eux tourne grâce à des bénévoles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les Vieilles Charrues mobilisent plus de 7 000 bénévoles pour accueillir 300 000 spectateurs sur quatre jours. Le Cabaret Vert, lui, en compte 2 500 pour une équipe salariée de moins de vingt personnes — son directeur Cédric Cheminaud l’a dit lui-même dans nos colonnes : « ce sont les bénévoles qui nous permettent d’organiser le festival, plutôt que l’inverse. »

Cabaret Vert 2023 ©G.MORISSET_DSC4822-Avec accentuation-Bruit

Ces bénévoles sont affectés à des pôles très précis : billetterie, accueil, bar, catering, camping, environnement, accroche-bracelets, merchandising. Ils constituent, d’une édition à l’autre, la mémoire vive du festival. À la Route du Rock en Bretagne comme au Festival du Roi Arthur en Ille-et-Vilaine, ce sont souvent des bénévoles de longue date qui forment les nouveaux et transmettent les usages, les codes, le ton de l’événement.

Les accrédité·es : journalistes, photographes, partenaires

Les backstages, c’est aussi le passage obligé de tout ce qui gravite autour de la communication : les photographes autorisés sur les trois premiers titres (le plus souvent) en fosse, les journalistes qui rédigent leurs comptes-rendus depuis une salle de presse parfois sommaire, les équipes des partenaires qui gèrent leurs espaces VIP et leurs activations de marque.

Les Déferlantes – @jontychampelovier

Avant même le premier coup de sono : la préproduction

Ce que le public ne voit jamais, c’est ce qui précède. Les équipes de construction arrivent parfois deux à trois semaines avant l’ouverture. Au Cabaret Vert, les premiers bénévoles pointent dès le 15 juillet pour un festival qui ouvre mi-août. Sur Solidays, c’est presque pendant un mois que les bénévoles peuvent être présents. Sur un festival de taille nationale, les camions de scène, de sono et de lumière représentent des convois logistiques planifiés des mois en avance, avec des contraintes d’accès au site, de poids au sol, de sécurité incendie. L’organisateur d’un festival, c’est en réalité un chef de projet permanent : la prochaine édition se prépare souvent avant même que la précédente ne soit terminée.

Fête du Bruit – ©️ Romy Rycertz

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