Stands d’écoute, équipes formées, campagnes de sensibilisation… Dans les festivals, la question des violences et harcèlements sexistes et sexuels prend aujourd’hui une place centrale. Face à ces enjeux, de plus en plus d’organisateurs mettent en place des dispositifs de prévention pour protéger les festivalier.ère.s et faire évoluer les pratiques dans le milieu de la fête. Des initiatives qui se multiplient ces dernières années : on fait le point.
Des “safe zones” pour accueillir la parole des victimes
Sur le site du festival We Love Green, organisé chaque année au bois de Vincennes à Paris, un stand attire l’attention des festivalier.ère.s. Derrière une banderole colorée, des bénévoles accueillent celles et ceux qui souhaitent parler, signaler un problème ou simplement se mettre à l’écart quelques minutes.
Cet espace fait partie du dispositif mis en place avec l’association Safer, que nous avons rencontré au Cabaret Vert, spécialisée dans la prévention des violences sexistes en milieu festif. Les bénévoles, reconnaissables à leurs chasubles, circulent également dans la foule pour repérer les situations à risque et intervenir si nécessaire.
Ces “safe zones” sont désormais présentes dans de nombreux festivals français, comme Les Vieilles Charrues, Marsatac ou Nuits sonores. Leur objectif est simple : offrir un espace sécurisé où les victimes ou témoins de violences peuvent être écoutés et orientés vers une aide adaptée.
Hellfest et le programme “Hellcare”
Dans un contexte musical tout autre, le festival Hellfest, incontournable événement de metal et ses dérivés à Clisson, s’est également emparé du sujet avec détermination.
Depuis quelques éditions, les responsables ont initié le programme. Hellcare, un système intégral de prévention des violences. Des kiosques d’information sur le site du festival et dans les terrains de camping mettent en évidence les principes du respect et du consentement. Les équipes de volontaires et de sécurité sont aussi formées pour identifier et intervenir dans les cas de harcèlement ou d’agression.
Des numéros d’urgence et des points de contact clairement identifiés permettent aux festivaliers de signaler un comportement problématique. L’objectif affiché par les organisateurs est de garantir un environnement festif où chacun puisse se sentir en sécurité.
Mais ces initiatives s’inscrivent aussi dans un débat plus large qui traverse le monde des festivals. Le Hellfest est régulièrement critiqué pour le manque de parité dans sa programmation artistique, un sujet qui revient fréquemment dans les discussions autour de l’égalité dans les événements musicaux. Une question qui dépasse largement ce festival et interroge l’ensemble du secteur, comme le souligne l’article « La parité dans les festivals : où en sommes-nous ? » publié par Esprit Festivalier.
Rock en Seine : sensibiliser le public
Parmi elles, on retrouve notamment #NousToutes, Elle’s Imagine’nt ou encore HandsAway, qui interviennent sur le festival pour informer et accompagner les victimes potentielles. Consentis et Stop Harcèlement de Rue ont également participé à des actions de sensibilisation autour du consentement et des violences sexistes et sexuelles.
Parmi elles, on retrouve notamment #NousToutes, Elle’s Imagine’nt ou encore HandsAway, qui interviennent sur le festival pour informer et accompagner les victimes potentielles. Consentis et Stop Harcèlement de Rue ont également participé à des actions de sensibilisation autour du consentement et des violences sexistes et sexuelles.
Des patrouilles sont mises en place dans la foule, des pancartes soulignent l’importance du consentement et un secteur d’accueil offre un soutien confidentiel aux individus victimes de violences.
Au-delà de la prise en charge des situations problématiques, ces dispositifs cherchent aussi à impliquer directement les festivaliers. Car la lutte contre les violences et le harcèlement sexistes et sexuels (VHSS) ne repose pas uniquement sur les organisateurs, la sécurité ou les associations présentes sur place. Elle concerne l’ensemble du public. Être attentif à ce qui se passe autour de soi, intervenir ou alerter en cas de situation problématique, respecter le consentement et celui des autres : autant de comportements qui participent à créer un environnement plus sûr. Dans un festival comme ailleurs, la prévention des violences passe aussi par une responsabilité collective. Autrement dit, chacun a un rôle à jouer pour que ces espaces festifs restent des lieux de liberté, de respect et de partage.
Former les équipes pour mieux agir
La prévention implique aussi des efforts en arrière-scène. De plus en plus de festivals dispensent des formations spécifiques à leurs bénévoles, agents de sécurité et équipes d’accueil afin de les sensibiliser à la reconnaissance des situations de harcèlement et aux réactions appropriées.
Ces formations abordent des thèmes essentiels : le consentement, l’écoute des victimes et la manière d’intervenir sans aggraver une situation. L’objectif est de permettre à chaque membre de l’organisation de devenir un relais de prévention sur le terrain.
Des chartes de bonne conduite sont également adoptées par certaines organisations culturelles, soulignant que les attitudes sexistes, racistes ou discriminatoires sont inacceptables lors des manifestations festives.
Une nouvelle culture de la fête
Ces démarches demeurent encore nouvelles et les obstacles sont multiples. La prévention peut s’avérer complexe lorsque les festivals attirent parfois des dizaines de milliers de participants.
Cependant, un progrès est en cours. La sécurité lors d’un festival ne concerne plus seulement la gestion des rassemblements ou les risques de santé. Elle intègre dorénavant la lutte contre les violences à caractère sexiste et sexuel.
Les festivals s’efforcent progressivement de changer la culture de la célébration en impliquant des groupes d’experts, des mécanismes d’écoute et des actions de sensibilisation. Le but est évident : permettre à tous d’apprécier la musique et l’ambiance collective sans aucune peur.
En réalité, la véritable liberté de la célébration ne peut être atteinte que si elle est respectueuse et inclusive pour toutes les personnes.
