Née à Sydney en 1987, installée à Melbourne depuis 2010, Courtney Barnett s’est fait connaître avec The Double EP: A Sea of Split Peas en 2013, où figurait Avant Gardener. Son premier album, Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, paru en 2015, a fixé sa signature : une voix posée, presque détachée, au service de récits minutieux où une banale visite de maison, Depreston, ou une conversation sans importance, Pedestrian at Best, deviennent de petites épopées. Cette même année, elle jouait à Glastonbury et décrochait une nomination au Grammy du meilleur nouvel artiste.
Entre-temps, nous l'avons croisée quelques fois en France, notamment à We Love Green, Musilac et les Eurockéennes en 2016.
L'année suivante, Courtney Barnett enregistrait Lotta Sea Lice avec Kurt Vile, avant de revenir en 2018 avec Tell Me How You Really Feel, qui l’avait déjà conduite au Bataclan en juin de cette année-là, puis au Casino de Paris en novembre. Nous l’avions retrouvée au Trianon en 2022, après Things Take Time, Take Time.
Creature of Habit est son premier album studio depuis ce disque de 2021. Il a été écrit après son déménagement à Los Angeles et la fermeture de Milk! Records, le label qu’elle avait fondé en 2012, une période d’incertitude dont elle fait directement la matière des morceaux. On y croise Katie Crutchfield de Waxahatchee sur Site Unseen, ainsi que Flea et Floating Points parmi les collaborateurs. La critique y a surtout salué un son plus musclé, avec un groupe à nouveau très présent, même si certains lui reprochent de prêcher le changement sans trop quitter sa zone de confort.

Une quatrième date parisienne en huit ans
Le rendez-vous parisien avait lieu à 19h, au Casino de Paris, rue de Clichy, avec Body Type en première partie. C’était la quatrième fois en huit ans que nous retrouvions Courtney Barnett sur une scène parisienne, et la deuxième au Casino de Paris. Le public, attentif, n'a que faire du fait que l'on soit dimanche.
Courtney arrive, sourire au visage et guitare à la main, et ne se place pas au centre de la scène. Les deux musicien·nes qui l'accompagnent, ont une place tout aussi importante qu'elle.
Tout au long des titres que Courtney va jouer pendant près d'une heure et demie, l'ambiance va passer de l'indie planant qui fait du bien à des sons plus dansants. Tout en parlant de sa joie d'être à Paris, l'artiste laisse le champ libre à la musique, sans trop en faire dans les prises de paroles. L'important, c'est la musique, l'émotion transmise, le contact avec le public qui comprend tout d'un regard.
Ce qui frappe, c’est la façon dont Mantis s’installe sur scène. Sur disque, son pouls motorik est déjà irrésistible. Same et Sugar Plum gagnent aussi en chair, et Site Unseen, privé de la voix de Katie Crutchfield, tient debout sans elle, plus nue et finalement plus fragile. Les classiques ne sont pas oubliés : Small Poppies s’étire en solo électrique, Depreston fait sourire toute la salle sur ses détails d’agent immobilier, et Elevator Operator arrive comme une respiration avant le dernier virage. Sur Before You Gotta Go, la voix se fait plus douce, presque murmurée, et le silence qui suit est plus parlant que n’importe quel applaudissement. Courtney raconte la vie, la sienne, la nôtre, avec des mots qui touchent et des musicalités qui envoutent. Que l'on comprenne bien l'anglais ou non, on se laisse prendre par l'émotion, et c'est ça qui nous réunit tous ce soir.

Un rappel pour finir en tête à tête
Le groupe quitte la scène et elle revient seule, pour Mostly Patient, guitare sèche et voix à nu. C’est le moment le plus dépouillé de la soirée, celui où l’on mesure ce que Creature of Habit a de plus intime. La salle se tait, et le dernier accord s’éteint dans un silence respectueux avant qu’une ovation ne le recouvre.
Elle sort comme elle est entrée, d’un signe de la main, sans fioriture, preuve qu’une artiste peut vieillir avec son répertoire sans le trahir ni le sacraliser. Ce soir, au Casino de Paris, la musique a parlé, plus que jamais.






