Filmer les concerts : bonne ou mauvaise chose ?

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Un concert, un festival, est un moment éphémère et marquant qui ne se vit qu’une fois. De nombreux participants spectateurs dégainent leur téléphone pour en capturer quelques instants, transformant une expérience en direct en une collection de vidéos et de photos qui se transformeront en souvenirs, parfois consultés, parfois oubliés.
Cette pratique divise, autant dans les publics que chez les artistes : est-elle un mal nécessaire ou une bonne chose ?

Certains artistes, comme Placebo, ne laissent pas de place au doute. Le groupe interdit strictement à son public de filmer ou de photographier leurs spectacles, comme ce fut le cas à Musilac ou au Main Square lors de leur tournée de 2024. Une décision radicale qui interroge sur l’impact des téléphones sur l’expérience live, autant pour les spectateurs que pour les performeurs. D’autres, comme Jain ou Macklemore, invitent les participants à ne pas filmer pour vivre l’instant, sans pour autant contraindre le public.

Une pratique qui perturbe l’instant

Filmer un spectacle n’est pas sans conséquence pour le projet de l’artiste. L’effet de surprise s’efface rapidement lorsque des extraits circulent en ligne avant même la fin de la tournée. Il s’agit là également d’un problème pour le participant qui ne filme pas : sa visibilité est, de facto, réduite par les bras levés pour capturer le moment. En 2025, beaucoup ont vu par exemple circuler des images du Mayhem Ball de Lady Gaga, parfois volontairement, parfois en tombant par hasard sur les réseaux sociaux, provoquant une certaine frustration du spoiler.

Prendre une photo ou une vidéo pose aussi des questions de droits d’auteur : le spectacle appartient à l’artiste et à sa production. Techniquement, il est censé n’être diffusé que si l’artiste et son équipe donnent expressément leur accord. C’est le cas des photographes et vidéastes que l’on voit dans les crash, ces zones entre la fosse et la scène : ces derniers se plient aux conditions fixées par les équipes du show. Généralement, il n’est possible pour eux de filmer ou de prendre des photos que lors des trois premiers morceaux, bien que cette règle puisse changer d’un artiste à l’autre. Pourquoi les professionnels devraient être soumis à des règles, et pas les participants ?

Conan Gray @ Zénith de Paris ©️Pixeline

Une opportunité de communication

D’un autre côté, les téléphones en spectacle ne sont pas qu’une source de problématiques. Les images d’un concert offrent une visibilité supplémentaire aux artistes et aux organisateurs. Les vidéos publiées sur les réseaux comme Instagram ou Tiktok, souvent spontanées et authentiques, permettent de donner un aperçu de l’ambiance à un large public. Ces contenus créés par les spectateurs deviennent des outils marketing à la fois gratuits et viraux. Un grand nombre d’artistes republient les contenus filmés et partagés. Les festivals, également, partagent certains des contenus, offrant une plus grande visibilité à l’événement et créant une nouvelle interaction avec l’audience. Qui est mieux placé que le participant pour raconter le spectacle, montrer le lieu et le cadre ? Les vidéos partagées sont un excellent levier de ventes pour une édition suivante, en plus de créer un sentiment de proximité avec le participent, souvent pas peu fier d’apparaître dans la « story » officielle d’un artiste ou d’un festival.

Un débat depuis des années

Le débat reste ouvert et les conditions de la prise de vues sont peu claires, en plus de ne pouvoir être réellement contrôlées.

Entre la volonté de préserver l’instant et celle de tirer parti des technologies modernes, les artistes et organisateurs doivent trouver leur propre équilibre. Certains optent pour des spectacles sans téléphone, comme c’est le cas pour Ghost leur de leur dernière tournée, tandis que d’autres encouragent les partages pour alimenter leur notoriété.

La Fête de l’Humanité 2024 – ©️ Lila Azeu

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