Snarky Puppy & le Metropole Orkest à Jazz à la Villette : un vertige de génie

Photo de couverture : Snarky Puppy x Metropole-Orkest – Credit- Annemone Taake

Dix ans après un passage resté dans les mémoires à la Grande Halle, Snarky Puppy y revient pour ouvrir lédition 2026 de Jazz à la Villette, épaulé cette fois par le MetropoleOrkest, linstitution néerlandaise avec laquelle le collectif new-yorkais partage déjà un Grammy. Une rencontre qui na rien dun coup d’essai : après Sylva en 2015, les deux formations ont publié en novembre 2025 Somni, leur second album commun. Cest dire si ce concert était attendu.

Live Report : Elena Nowacki

Snarky Puppy & Metropole Orkest – Photo Elena Nowacki

Vient Waves Upon Waves, premier titre de Somni, et avec lui, la couleur de la soirée : une expérience hors du commun, où la puissance fulgurante d’un grand orchestre vient épouser l’inventivité géniale d’un groupe qui n’a jamais cessé de brouiller les frontières entre les genres. La musique vous prend de toute part, vous enveloppe. Sur scène, impossible de tout embrasser du regard : entre les dix musiciens de Snarky Puppy et le Metropole Orkest, on approche facilement la soixantaine de personnes. Un mur humain et sonore. Résultat : lors du moindre solo, on se surprend à chercher frénétiquement des yeux qui est en train de jouer, tant l’effectif est dense.

Un show grandiose, tant musicalement que visuellement

Chimera prend le relais et frappe fort, très fort. Le clavier de Bobby Sparks II y devient électrique et strident, avec son ribbon controller, cette longue tige tactile montée sur son instrument et qui permet de glisser d’une note à l’autre comme on ferait chanter une guitare. Le morceau installe un sentiment à la lisière du grandiose et de l’angoisse, une excitation presque catastrophique. On pense au frisson des grands ensembles, ces formations où la force du nombre transforme le corps du spectateur en caisse de résonance : ici, ça fonctionne à plein régime.

Le rythme redescend avec Only Here and Nowhere Else, introduit par un clin d’œil aussi inattendu que délicat : quelques mesures de La vie en rose d’Édith Piaf, hommage discret à la salle parisienne, avant que le morceau ne s’installe sur une ligne de basse toute en douceur signée Michael League. Le bassiste et leader du groupe, visiblement ému de jouer sur cette scène, tentera d’ailleurs plus tard dans la soirée quelques mots en français, avec toute l’autodérision qui est de mise : « Malheureusement, mon français… toujours est… merde. Mais je crois que mieux parler mal en français que bien en anglais. » Le public rit, conquis. Ça se sent : sur scène, tout le monde prend un plaisir immense à être là, ce soir, dans cette configuration, pour l’ouverture de la tournée européenne de l’album.

Un saut au travers des époques

Plus tard, c’est le morceau Recurrent qui s’impose, confirmant que Somni n’est pas un simple exercice de style mais un véritable roller coaster émotionnel, qui fait traverser au public toute une palette de sensations. Plus tard, Drift offre un autre moment de grâce : Justin Stanton y installe un clavier en mode orgue d’église, façon gospel, qui va chercher quelque chose de profondément habité.

On mesure, en vivant ce concert, à quel point Somni diffère de Sylva, son aîné de dix ans. Là où Sylva peignait des tableaux cinématographiques, tourné vers l’extérieur, Somni – qui signifie « rêve » en catalan : se tourne vers l’intérieur, vers le territoire flou et mouvant de l’inconscient. Et cette bascule s’entend : la musique de ce soir a quelque chose d’onirique, de fluctuant, capable de passer en quelques mesures d’une caresse à un vertige. C’est la fusion des genres, marque de fabrique de Snarky Puppy depuis deux décennies : jazz, musique contemporaine et spiritualité se rencontrent sans jamais se percuter.

Snarky Puppy & Metropole Orkest – Vidéo Elena Nowacki

Impossible, sur une soirée pareille, de ne pas saluer le travail du Metropole Orkest et de son chef Jules Buckley. Diriger un ensemble aussi massif, en dialogue permanent avec Snarky Puppy relève de la haute voltige et force le respect.

Dix ans après leur premier passage à la Grande Halle, Snarky Puppy et le Metropole Orkestre ferment la boucle avec une date qui restera, elle aussi, dans les mémoires. Une soirée à la hauteur de l’ambition de Somni : immense, généreuse, et pas prête d’être oubliée par celles et ceux qui y étaient.

L’aventure continue pendant plusieurs jours à Jazz à la Villette, avec notamment un show de Selah Sue and The Gallands, le 4 septembre 2026.

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