Jusqu’en 2025, la tendance de l’annonce des artistes programmés en festivals était de proposer des vagues de noms à des périodes données, avant ou après l’ouverture de la billetterie. Le début des campagnes de 2026 ont montré une autre réflexion : celle de l’annonce de têtes d’affiche uniques, présentées une par une. Essayons de comprendre ce phénomène et son intérêt pour les organisateurs.
Des annonces uniques
Dans une logique d’optimisation des ventes, ou selon les calendriers des artistes, les festivals changent parfois de méthode d’annonces d’une année sur l’autre. En 2025, quelques jours après la fin de Rock en Seine, le festival annonçait déjà la présence de The Cure avec une billetterie ouverte spécifiquement pour le jour de leur passage. Rapidement, le Main Square a annoncé Twenty One Pilots, Musilac a annoncé Katy Perry, les Déferlantes ont annoncé Aya Nakamura.

Si certains festivals ont choisi de rapidement lancer d’autres têtes d’affiche, parfois quelques jours plus tard, d’autres comme Solidays ont d’abord annoncé Orelsan, avant de partir sur une vague d’annonces un peu plus grosse. Forcément, les communautés des festivals mais aussi des artistes mentionnés ont rapidement réagi, suscitant des engouements plus sur les billetteries et pouvant potentiellement pousser un public non local d’assister à un événement en concret.

Pourquoi ce modèle ?
Si quelques festivals comme les Vieilles Charrues ont gardé la méthode de l’annonce par vagues, avec une première programmation annoncée le 16 octobre 2025, beaucoup des plus gros ont décidé d’adopter ce modèle pourtant relativement peu utilisé jusqu’à présent en France. Rappelons en effet que, depuis quelques années, les grands stades français, à commencer par le Stade de France, invitent d’immenses artistes et ce, de plus en plus tard dans l’été. Le Stade de France, d’ailleurs, enregistre déjà pour 2026 le plus grand nombre de concerts sur une seule année de toute son histoire. Twenty One Pilots à Arras devient alors un argument concurrentiel, à mi-chemin entre les dates de The Weeknd à Lille et à Paris. Ajoutons également que les festivals ont, très souvent, des programmations similaires. Comment choisir son événement, si ce n’est grâce à l’argument du local, si Charlotte Cardin est présente dans la plupart des rendez-vous ? Là encore, Twenty One Pilots, Katy Perry ou encore Gorillaz sont de vrais arguments.

La réalité financière
Alors que la plupart des festivals enregistrent des déficits dans leurs budgets malgré des éditions quasi-complètes (ou avec un break à 80% de remplissage dans beaucoup de cas), tous les moyens sont bons pour attirer un plus grand public. L’exclusivité, bien que plus chère, est un argument de poids permettant d’attirer un public plus nombreux, s’ajoutant au public local fidèle à un événement. Si les pass 3 ou 4 jours peuvent être chers pour certaines personnes (sans compter le déplacement et/ou le logement), la solution du pass jour est de plus en plus prisée par les festivalier·es. Jouer au maximum sur les programmations jour, et notamment les têtes d’affiche, est une bonne manière compensatoire de compléter chaque journée le plus rapidement possible. Nous remarquons par ailleurs que de plus en plus de rendez-vous font le choix d’une programmation jour par genre (ou s’en rapprochant), plus loin de l’éclectisme de chaque journée que l’on retrouvait les années précédentes.

Prenons l’exemple de Musilac :
- Jeudi : Katy Perry, Lancelot, Rallye, Sam Quealy, Yelle, Zélie : programmation majoritairement pop
- Vendredi : Orelsan, Youston XIII, LB aka Labat Live, Lost Frequencies, Dabeull : programmation majoritairement rap et électro, avec une certaine touche de pop
- Samedi : Gorillaz, Jamiroquai, Gaétan Roussel, Pomme, Léonie Pernet, Flora Fishback : programmation avec de gros noms internationaux et une pointe de chanson française
- Dimanche : Bigflo & Oui, Charlotte Cardin, Solann, 47Ter : programmation majoritairement française, avec une pointe d’éclectisme : Rilès, Cassius, Danyl.
Si cette vérité dans le rapprochement des genres ne se retrouve pas dans tous les festivals, celle de la tête d’affiche comme vecteur d’attirance l’est complètement, d’autant plus cette année. Espérons qu’avec ces programmations assez puissantes pour l’année 2026, les festivals arrivent à faire complet ou à s’en rapprocher, pour une prospérité sur de longues années.
