Trente ans après l’un des projets les plus marquants de l’histoire de la musique britannique, War Child Records remet le couvert avec HELP(2), sorti le 6 mars 2026. Vingt-trois titres, une liste d’artistes, presque tous de la scène indépendante anglaise, qui donne le vertige, et une cause qui n’a jamais été aussi urgente. L’exercice dépasse largement le cadre de la belle compilation caritative et se présente déjà comme l’un des projets les plus intenses de l’année.
War Child Records : la musique comme acte politique
War Child est né d’un élan humanitaire direct face aux guerres de Yougoslavie, dans les années 90. War Child Depuis ses débuts, le label s’est construit sur l’idée que la musique peut financer, sensibiliser, changer des vies. War Child est animé par un objectif unique, celui d’assurer un avenir sûr à chaque enfant touché par la guerre, en intervenant le plus vite possible lorsqu’un conflit éclate et en restant bien après que les caméras se sont éteintes.
Ce qui distingue War Child Records des autres initiatives caritatives, c’est son exigence éditoriale. Chacun des morceaux de l’album Help(2), sorti le 6 mars 2026, tient musicalement pour ce qu’il est, indépendamment du contexte.
Selon le site abbeyroad.com, lors de la sortie du premier album en 1995, près d’un enfant sur cinq dans le monde (soit 520 millions d’enfants) était touché par un conflit armé. Ce chiffre, de nos jours, a presque doublé, pour devenir le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce contexte qu’une nouvelle édition de l’album a vu le jour. Après plusieurs singles sortis fin-2025 et au début de l’année 2026, la proposition de plus de vingt titres réunit le fleuron de la scène indépendante anglaise.
HELP(2) : une semaine à Abbey Road, vingt-trois preuves
L’album a été enregistré en une semaine à Abbey Road Studios en novembre 2025, sous la production de James Ford. En une poignée de jours, des dizaines d’artistes se sont succédé dans les studios. L’esprit collaboratif du projet originel a resurgi spontanément, avec de nombreux moments improvisés qui ont vu des artistes rejoindre les sessions des uns et des autres sans que personne ne l’ait planifié. C’est ainsi que la session de Damon Albarn pour Flags s’est retrouvée à réunir Grian Chatten, Kae Tempest et Johnny Marr à la guitare. Cette formation éphémère et dense est, sur ce titre, portée par des textes dont l’engagement politique ne fait aucune ambiguïté.
Cet opus monumental s’ouvre avec les Arctic Monkeys et Opening Night, leur premier nouveau titre depuis 2022, travaillé des années auparavant mais resté inachevé jusqu’ici. Une ballade sobre qui pose immédiatement le ton. De l’autre côté du spectre, Depeche Mode reprend Universal Soldier de Buffy Sainte-Marie, chanson antimilitariste des années 60 que le contexte de 2026 charge d’une gravité particulière et qui fait tristement écho à notre actualité internationale.
Les Fontaines D.C, qui feront leur seule date française de 2026 à La Route du Rock, s’attaquent pour leur part à Black Boys on Mopeds, titre emblématique et résolument folk de la regrettée Sinéad O’Connor, titre dont la portée politique n’a pas pris une ride.
Pulp, le groupe de Jarvis Cocker, qui avait donné son Mercury Prize à War Child en 1995, revient avec Begging for Change. Trente ans après, ce titre prouve une réelle continuité dans les luttes toujours autant d’actualité.
Entre ces ancres militantes, l’album respire et change de couleur. Beth Gibbons reprend Sunday Morning du Velvet Underground avec une économie de moyens qui n’appartient qu’à elle. Côté artistes américains, la très engagée Olivia Rodrigo signe une reprise de The Book of Love des Magnetic Fields, avec Graham Coxon à la guitare. Olivia s’était d’ailleurs soulevée contre Donald Trump, lequel avait utilisé son titre All American B*tch dans une vidéo de promotion de la police anti-immigration ICE. Dans le clip de The Book of Love, d’ailleurs, Olivia Rodrigo a pu utiliser des images récoltées par War Child Records, par ailleurs filmées par des enfants en zone de guerre, notamment en Ukraine, au Soudan ou encore à Gaza.
En parallèle, Big Thief, King Krule, Black Country New Road, , Young Fathers, Sampha, Bat For Lashes, Ezra Collective avec Greentea Peng, beabadoobee, English Teacher, Arlo Parks, Foals, Wet Leg, sont d’autant plus d’artistes présents sur cet album déjà mythique, chacun apportant son propre univers sans que l’ensemble ne se disperse. En bonus et pas des moindres, Oasis a offert une version live exclusive d’Acquiesce, enregistrée lors de la dernière des sept soirées au Wembley Stadium en septembre 2025, lors de leur première tournée depuis près de vingt ans. Ce premier enregistrement physique est disponible en face B vinyle et en piste cachée sur le CD.

1995 : le coup de force originel
Pour remettre un peu de contexte, l’inspiration du premier album HELP vient d’une citation de John Lennon, qui estimait que le meilleur disque possible devait être enregistré le lundi, mixé le mardi, pressé le mercredi, emballé le jeudi, distribué le vendredi, et en boutique le samedi. En septembre 1995, cette citation est devenue réalité, dans un mouvement d’une rapidité quasi-irréelle. Tout comme ce nouveau format, le casting de l’époque était littéralement vertigineux. Oasis, Radiohead, Blur, Portishead, les Manic Street Preachers, Paul McCartney, Paul Weller étaient de la partie, réunis en une poignée de titres qui allaient marquer leur époque. Radiohead y glissait Lucky, préfiguration directe d’OK Computer, tandis que les Manic Street Preachers signaient leur premier enregistrement studio depuis la disparition de Richey Edwards. Autant de raisons pour lesquelles HELP reste encore aujourd’hui une référence absolue, bien au-delà de son statut caritatif. L’album a permis de lever plus de 1,25 million de livres sterling, offrant à War Child les moyens d’apporter un soutien d’urgence à des milliers d’enfants pris dans le conflit bosniaque.
