Trois jours, trois nuits, le centre-ville de Saint-Brieuc transformé une nouvelle fois en immense terrain de jeu artistique : Art Rock a fêté sa 43e édition les 22, 23 et 24 mai, fidèle à son ADN pluridisciplinaire mêlant musique, danse contemporaine, arts de rue, arts visuels, arts numériques et gastronomie. Sur le papier, une affiche dense, éclectique, qui sentait bon les confirmations attendues autant que les paris plus osés. Dans les faits, un cru généreux, traversé de belles fulgurances, et de quelques rendez-vous manqués.
S’il fallait commencer par la note dissonante, on irait directement chercher du côté de Disiz. Pas que le rappeur ait livré une mauvaise prestation, loin de là. Mais son set, taillé dans un format intimiste, paraissait à la fois trop fragile et trop introverti pour le grand bain d’un festival. Le genre de proposition qu’on aurait dévorée dans le noir d’une salle, à quelques mètres de la scène, et qui se diluait ici dans le bruit ambiant et l’éparpillement du public. On reste sur notre faim, et ce n’est pas une critique du fond, plutôt un regret de format.
Heureusement, Art Rock a cette qualité rare : transformer un festival en véritable machine à découvertes. Et la grande révélation du week-end s’appelle Piche. L’artiste a clôturé l’événement comme on rêve qu’un festival se referme, en apothéose, dans une de ces communions inattendues qui marquent durablement une édition. Le genre de set dont on reparle dans la voiture du retour, qu’on relance dès le lundi matin sur les plateformes, et dont on se promet de suivre la trajectoire de très près. Dans la même catégorie « noms à retenir absolument », il faut citer Sam Sauvage, dont l’identité musicale s’impose dès les premières mesures, avec un style qu’on ne confondra avec aucun autre. Et puis Danyl, hyper solaire, qui a illuminé sa plage horaire d’une énergie aussi simple que communicative, une de ces prestations qui font juste du bien.

Marguerite jouait, elle, sa toute première date en festival. Pari réussi : la jeune artiste a déroulé un set frais, posé, sans trahir une once du trac qu’on imagine pourtant tapi en coulisses. Un baptême du feu qui en annonce d’autres, et une jolie pierre de plus dans l’édifice de cette pop française qui n’en finit plus de se renouveler.
Côté énergie pure, le festival n’aura pas été en reste. Last Train a fait ce que Last Train fait de mieux : tout brûler. Le quatuor alsacien continue d’occuper les grandes scènes avec une intensité de groupe qui n’a plus rien à démontrer, et le public briochin a manifestement reçu le message cinq sur cinq. Miki, dans un tout autre registre, a réussi le tour de force de faire littéralement tourner la foule autour d’elle, au sens propre, dans une transe collective qui restera comme l’un des moments les plus physiques du week-end. Et puis il y a eu Bonne Nuit au Forum, et là, c’est l’anecdote qui dit tout : une brioche partagée, hissée et acheminée de main en main au-dessus de la foule, comme un drôle de totem briochin parfaitement assumé. Ces images-là, ces moments-là, c’est précisément ce qu’on vient chercher dans un festival.

Du côté des têtes d’affiche fédératrices, Gaëtan Roussel a déroulé ses classiques devant une foule en délire, dans cette communion intergénérationnelle qu’il offre à chaque passage, une recette éprouvée, un plaisir partagé, et tous les refrains repris en chœur. Suzane, elle, était fidèle à elle-même : format huilé, morceaux qui claquent, une artiste qui tient sa scène comme on tient un cap. Aucune mauvaise surprise, mais peu de raisons d’écrire un roman non plus, ceux qui la connaissent y ont retrouvé exactement ce qu’ils venaient chercher.
Au final, Art Rock 2026 confirme ce que le festival breton défend depuis plus de quarante ans : une exigence de curation, un goût pour les croisements artistiques, et cette capacité à mêler valeurs sûres et noms qui montent sans jamais sacrifier l’un pour l’autre. On ressort de ces trois jours avec une poignée de coups de cœur qui vont nourrir les playlists des semaines à venir : Piche, Sam Sauvage, Marguerite, Danyl. Quatre noms à cocher quelque part, et à retrouver très vite. Rendez-vous est déjà pris pour 2027.
